[Critique jeu] Final Fantasy VI Pixel Remaster, ou comment améliorer un chef d’œuvre

On peut vilipender Square Enix pour sa politique de remakes et remasters à tout-va. Mais s’il y a bien un jeu qui méritait plus que tout autre un remaster, c’est bien Final Fantasy VI. Épisode adulé des fans, le développeur japonais savait qu’il n’avait pas le droit de se planter en le faisant. Toute la question est donc comment améliorer un jeu déjà considéré comme un chef d’œuvre absolu du RPG japonais ?

Pour commencer un petit rappel des faits. Sur le jeu, tout d’abord. Final Fantasy VI voit le jour en 1994 sur Super Famicom au Japon. Le jeu arrive ensuite aux États-Unis, où il est rebaptisé Final Fantasy III sur Super NES mais n’atteindra l’Europe qu’en 2002 sur PlayStation. Oui, vous avez bien lu, Final Fantasy VI est arrivé sur notre Vieux Continent après même FF IX. Et en anglais, en plus.

Depuis, le jeu est ressorti sous plusieurs formes : sur Game Boy Advance, ce qui lui a permis d’avoir une première traduction française, ainsi que des bonus inédits, et le jeu était ressorti récemment sur Steam et smartphones, mais le look délavé des personnages suscitait la controverse.

Mais disons le franchement, cette version Pixel Remaster est certainement la meilleure de toutes.

Une fresque à la fois épique et tragique

Le soft est considéré, à raison, comme l’un des tous meilleurs de la saga. En fait de raison, il y en a plusieurs à commencer par son casting de personnages forts : en effet, tous sont partie intégrante de l’histoire et auront l’occasion de briller à divers moments. Le titre détient toujours à ce jour le record de personnages dans le casting final, au nombre de 14, un nombre jamais égalé depuis. Est-ce un mal ? pas forcément, mais c’est une autre histoire.

Mais de quoi ça parle, FF VI, au juste? Okay, pour ceux qui n’auraient pas suivi ou la flemme d’aller sur la critique de l’original présente sur ce même blog, voici un rapide topo: Le jeu se déroule 1000 ans après la Guerre des Magi, qui vit humains et Chimères s’affronter dans une guerre qui vit l’anéantissement des deux camps. Humains et Chimères vivent désormais dans deux mondes séparés et la magie n’est plus que de l’histoire ancienne, les humains ayant préféré s’orienter vers la technologie.

Pourtant, certains, notamment l’Empire Vector mené par l’Empereur Gestahl, rêvent de faire revivre le pouvoir destructeur de la magie. Mais qui voudrait répéter les erreurs du passé ?

Le jeu commence alors qu’un bataillon de deux soldats est chargé d’aller mener l’enquête sur une Chimère trouvée dans les mines de la ville de Narshe. Ils sont accompagnés d’une jeune femme qui peut utiliser justement utiliser le pouvoir interdit…

Final Fantasy VI regorge de moments cultes ayant marqué les joueurs, grâce à une mise en scène ingénieuse pour l’époque et un rythme qui ne connaît que très eu de temps morts. Un jeu à la narration très soignée s’inspirant des codes du cinéma, il n’y a qu’a voir la séquence d’intro avec les méchas marchant dans la neige pour s’en convaincre. L’histoire donne tout son sens au mot « tragédie » au sens grec du terme, pas du groupe de musique, bien évidemment. Et sur ce point, cette version Pixel Remaster ne varie quasiment pas sur le scénario du jeu : c’est le même que dans l’original. C’est-à-dire une histoire sombre et crépusculaire, mais dans laquelle subsiste toujours l’espoir. Un script dense et touffu, n’hésitant pas à aborder certains sujets comme la perte d’êtres chers, le suicide, ou encore les traumatismes subis par certains personnages au passé douloureux, ou en quête d’identité. L’histoire vaut par ce qui est dit et ce qu’on voit, mais aussi dans ce qui est sous-entendu.

Ledit scénario qui donne aussi toute gloire au grand méchant du jeu, Kefka Palazzo. Égocentrique, barbare et ayant perdu une partie de sa santé mentale, il ne vit que pour détruire, quitte a employer des méthodes inhumaines. On voit ce que donne se a folie nihiliste dans la deuxième partie du jeu, dans un monde désormais à son image, sur lequel il règne désormais en tant que dieu.

Et si j’ai mis « quasiment » dans le respect de l’histoire originale, c’est que le script a tout de même subi une censure sur certaines scènes, notamment lorsque Locke s’infiltre à Figaro-Sud et découvre Celes pour la première fois. Cette dernière tombe toute seule et n’est plus battue par les gardes de l’Empire.

Un plaisir encore plus grand

Le premiers vrais changements viennent au niveau du système de jeu. Le titre est vraiment plus confortable qu’avant, avec l’ajout, par exemple, de mini cartes sur l’Atlas ou dans les villes et les maisons, dévoilant aussi les coffres à trouver.

En revanche les combats sont toujours aléatoires, et c’est du tour-par-tour géré par l’ATB si cher à la saga. Chaque personnage dispose d’une capacité unique et seules Terra et Celes peuvent utiliser la magie au début du jeu, avec des explications données dans le scénario. Certaines d’entre elles ont toutefois été améliorées : par exemple Cyan n’a plus à attendre qu’une barre de temps se remplisse pour déclencher ses attaques de Bushido, et les coups de Ju-Jitsu de Sabin s’affichent désormais en haut de l’écran pour vous indiquer la manip, ce qui limite le risque d’erreur. Il est également possible d’accélérer les batailles ou de répéter les actions d’un personnage d’un tour sur l’autre.

En revanche, vous n’avez pas d’options permettant de les éviter totalement ou de rendre vos personnages totalement invincibles. Ce qui n’est pas un mal, car cela ruinerait un peu l’intérêt.

La difficulté se retrouve de plus amoindrie avec l’ajout de sauvegardes rapides et automatiques. Cependant, il ne faut jamais compter uniquement sur elles, par mesure de prudence.

Mais n’allez pas croire que vous ferez le jeu les doigts dans le nez notamment si vous le découvrez pour la première fois : certains boss sont toujours aussi redoutables, et le début du deuxième acte connaît un pic de difficulté qui peut surprendre.

La VIe merveille du monde?

C’est sur le plan technique que le jeu a le plus évolué. Certes, ce n’est pas un remake, mais le remaster a donné au jeu des décors en 2D encore plus beaux qu’avant sans dénaturer ceux d’origine. Ils sont plus détaillés, plus colorés et certains effets comme la brume ou de meilleurs effets de transparence ont été ajoutés. Les sprites des personnages ont assez peu changé : Ils ont retrouvé leur aspect pixelisé si charmant des anciennes versions qui leur va si bien. Kefka a toutefois bien plus l’apparence d’un bouffon qu’auparavant. Les séquences qui utilisaient le mode 7 ont été améliorées et la 3D est bien plus belle et mieux gérée. En bref, le titre a subi un lifting bienvenu qui ne trahit aucunement le produit d’origine, considéré comme l’un des plus beaux jeux de la 16 bits de Nintendo.

Mais c’est surtout le volet musical qui a sans doute subi l’évolution la plus franche : les morceaux ont été réarrangés et bénéficient maintenant d’une vraie orchestration, et cela s’entend. Même si Nobuo Uematsu avait fait en 1994 un des FF les plus aboutis sur ce plan, les arrangements sont tels qu’on ne peut qu’applaudir le travail effectué à ce niveau. Il suffit juste d’entre le saxophone dans Narshe, ajoutant à la mélancolie du morceau, pour s’en convaincre.

Mais la grosse surprise vient de l’opéra. Passage culte du jeu, il est cette fois véritablement chanté et doublé qui plus est en sept langues, dont le français. Et l’adaptation est fantastique. C’est très bien rendu, et la nouvelle mise en scène en 2D-HD améliore encore plus l’immersion. Pour tout vous dire, c’était tellement bien fait que j’en ai eu les larmes aux yeux, et je ne plaisante pas ! Cette séquence est par ailleurs la seule à avoir des véritables voix, mais que les fans se rassurent, le rire glaçant de Kefka est toujours bien présent.

Niveau gameplay, c’est vraiment très jouable et les habitués du genre retrouveront vite leurs habitudes, le déroulement est fluide et ne souffre d’aucun ralentissement. Nous n’avons pas non plus les chargements qui accablaient la version PS1 du jeu et ce n’est pas un mal. Les menus sont clairs et accessibles. Mieux encore, après quelques heures de jeu, une étoile dorée indiquera à vos personnages s’ils maîtrisent toutes les aptitudes d’une chimère, vous permettant ainsi d’en changer quasi-immédiatement, histoire de ne pas gaspiller des PA lors des combats. Là encore c’est très bien pensé, pour le confort du joueur.

Final Fantasy VI au presque parfait

Nous aurions donc affaire à l’adaptation parfaite de FF VI, alors ? J’ai envie de dire : presque. Parce qu’il ne faut pas oublier que le jeu a tout de même 28 ans et que ce qui passait à l’époque trahit désormais certains archaïsmes, par exemple, un enchaînement des événements parfois un poil brusque, des réactions parfois exagérées ou un système de combat qui ne plaira sans doute pas à tout le monde et dans lequel les personnages n’ont pas de fonction interchangeable. La magie met du temps à arriver et certains pics de difficulté, notamment dans la deuxième moitié du jeu, peuvent surprendre.

Ensuite, autre déception, cette version ne dispose hélas pas des ajouts proposées par la version GBA du jeu, à savoir des donjons et des chimères supplémentaires.

Enfin, le jeu a aussi les défauts de cette compilation Pixel Remaster, le principal étant d’ordre visuel. Je trouve que la police d’écriture des textes n’est pas adaptée, et est par conséquent trop fine, ce qui fait que nous avons souvent des boites de dialogues très vides. Je sais que certains sont allés dans les codes du jeu pour la modifier, mais je ne m’y risquerai pas de peur de tout casser par mégarde.

Cependant, rien ne justifie de bouder cette adaptation, qui est sans aucun doute possible, la meilleure version du jeu à l’heure actuelle. Je sais, je l’ai déjà dit plusieurs fois, mais bon… Pour une vingtaine d’euros, vous bénéficiez d’un meilleur confort de jeu, de textes traduits en français, de meilleurs graphismes et de musiques réorchestrées de façon sublime. Un plaisir qu’on aurait tort de bouder, qui vous tiendra en haleine une bonne cinquantaine d’heures si vous comptez tout faire. La durée de vie peut toutefois varier grandement, car il est techniquement possible d’aller au dernier donjon une fois que vous aurez réuni quatre personnages et acquis le zeppelin dans la deuxième partie du jeu, mais je ne vous cache pas que cela équivaut à du suicide tant c’est difficile. Et en plus, vous n’aurez pas le niveau, à moins que vous ne fassiez le jeu en speedrun.

Et quand bien même le soft n’est, pour le moment, disponible uniquement sur Steam comme ses prédécesseurs, certains rêvent d’une compil des six épisodes Pixel Remaster sur consoles… J’espère qu’ils seront entendus.

Conclusion : Un chef d’œuvre sublimé

Final Fantasy VI Pixel Remaster est une version sublimée du titre d’origine. Elle offre une une superbe 2D pixelisée, des musiques encore plus belles qu’avant et quelques belles choses pour un prix qui vaut largement l’investissement. Disons-le franchement, cette version est la meilleure façon de découvrir ce titre mythique. Une tragédie interactive modernisée dont les nouveaux habits sont dignes de sa grandeur et de sa richesse.

Points Positifs

Un joli remaster

Les musiques réorchestrées

Des efforts d’accessibilité

Une traduction révisée

Une histoire riche et tragique

Des personnages forts

Kefka, un méchant toujours aussi charismatique

Proposé à petit prix (20 €)

Points Négatifs

Le jeu a 28 ans et ça se voit sur certains aspects

La police d’écriture des textes est inadaptée

Uniquement sur Steam pour le moment

Il n’y a pas le contenu supplémentaire de la version GBA

Critique réalisée via une version Steam achetée par mes soins sur la plateforme.

Fiche technique

Final Fantasy VI Pixel Remaster

Plateforme : Steam

Disponible depuis : le 24 février 2022

Genre : JRPG

Développeur : Square Enix

Éditeur : Square Enix

À propos de Julius

Gamer aimant les jeux actuels et rétro, aimant aussi le cinéma les chats, la photo. J'écris aussi. Pour moi, ici, et aussi ailleurs.

Publié le 14/03/2022, dans Jeux vidéo, Level Up !, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. L’occasion parfaite pour faire enfin ce monument !
    J’espère qu’il sera à dispo rapido sur les consoles du moment

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