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[Raconte-nous un bon film] Qui veut la peau de Roger Rabbit, 30 ans et pas une ride

Bonjour, et bienvenue dans un nouvel article consacré à un bon, que dis-je un excellent film des studios Disney ( ou plus précisément, sa filiale Touchstone) je vais vous parler bien sur de Qui veut la peau de Roger Rabbit, un long-métrage marquant à bien des niveaux.

Avant toute chose, si vous n’avez jamais vu le film, allez le voir fissa, je ne sais pas comment, débrouillez-vous, mais vous passeriez non-seulement à côté d’une prouesse technique de haut niveau, mais en plus, d’un grand film. Sachez aussi que cet article risque de comporter des spoilers.

Qui veut la peau de Roger Rabbit est un film américain réalisé par Robert Zemeckis et sorti en 1988. Il est adapté d’un livre de Gary K. Wolf intitulé Who Censored Roger Rabbit ?, paru en 1981 et qui n’est jamais sorti chez nous traduit. Une œuvre à la fois bizarre et sombre, dans laquelle un lapin toon demande à un détective d’enquêter sur le meurtre dont il se dit innocent.

Le livre et le film comportent de nombreuses divergences, que je ne vais pas détailler ici.

affiche roger rabbit

C’est un lapin qui a tué un humain…

roger rabbit 1

L’action du métrage se passe en 1947, dans un Los Angeles fictif. La ville comporte notamment un quartier toon, baptisé Toonville, dans lequel les les personnages de dessins animés vivent. Ils se déplacent chez les humains pour les besoins de tournage de dessins animés. Roger Rabbit est un joyeux lapin toon vedette de Maroon Cartoons. R.K. Maroon, le producteur, demande à Eddie Valiant, détective privé, d’enquêter sur une relation que Jessica Rabbit, la femme de Roger, entretiendrait avec Marvin Acme. Valiant est d’abord réticent, car son frère s’est fait tuer par un toon et a depuis sombré dans l’alcoolisme. Mais il finit par accepter. Le limier ramène peu après des preuves photographiques de la relation extra-conjugale, ce qui mine moralement Roger.

Problème : Marvin Acme est tué dans la nuit, et notre lapin joyeux est le premier suspect sur la liste. D’autant plus que le Juge Doom (ou DeMort en VF) compte bien exécuter notre léporidé, et bien que les toons soient par essence immortels, il a mis au point la « Trempette », une substance faite de diluants à peinture pour les exécuter. Il en fait même une démonstration…

Roger, qui s’est caché dans le bureau d’Eddie, supplie ce dernier de l’aider en lui disant qu’il est innocent. Malgré ses réticences, le lapin insiste, tant et si bien que l’homme finit par céder.

Qui veut faire porter le chapeau à Roger ?

Une tentative vaine et Spielberg qui sauve la mise

speilberg

Qui veut la peau de Roger Rabbit est issu d’une production assez chaotique. Une première adaptation du livre de K. Wolf avait été tentée en 1984 par Disney, sans succès. Ce fut après que Steven Spielberg ait vu l’ouvrage sur le bureau d’un des directeurs du studio, qu’il entreprit de ramener le projet à la vie. Je crois qu’on peut le remercier, non ? Robert Zemeckis, auréolé du succès de Retour vers le Futur, accepta le défi de faire le film, qui est un long-métrage mêlant prises de vues réelles et personnages de dessins animés. Certes, ce n’était pas nouveau en 1988. Les frères Fleicher avaient déjà tenté le coup en 1919. Eh oui, ça date. Mais les interactions entre personnages animés et humains étaient alors réduites au strict minimum. Ce procédé était avant tout utilisé dans des pubs. Cette fois, Disney voulait pousser le concept plus loin, en faisant quelque chose dans lesquels il y aurait une vraie interaction.

Et pour faire un monde vivant, il fallait avoir les droits pour exploiter les personnages de dessins animés issus de divers studios.De fait, c’est Steven Spielberg qui était chargé de cette mission, et il a plutôt bien réussi. En effet, l’homme a réussi à avoir les personnages de Warner, pour les inclure dans un film produit par… Disney, le concurrent direct. Pour éviter de léser un studio par rapport à l’autre, un accord fut trouvé : les personnages « guests » devaient apparaître exactement pour la même durée . Ainsi, on trouve dans le film Donald et Daffy dans un duel au piano, Mickey et Bugs Bunny dans la scène du parachute, entre autres. On y trouve aussi Betty Boop, ou encore Droopy en tant que groom, venant de la MGM. Mais il y a toutefois quelques absences remarquées, comme Popeye ou Felix le chat pour cause de droits trop élevés.

Le tournage du film s’est fait en plusieurs fois. Tout d’abord, les acteurs jouaient avec des marionnettes en latex, pour leur permettre de prendre leurs repères par rapport aux toons qui seront ensuite intégrés dans le film. Puis ils faisaient de nouveau la scène dans les aides. Autant dire une performance car 80% du film contient des images animées. Ces dernières étaient ensuite ajoutées dans un second temps. Le résultat est tout simplement bluffant. Le travail sur le jeu d’acteurs, sur l’animation des toons font que ces derniers semblent être des partenaires à part entière des acteurs de chair et d’os. D’autres films feront nettement moins bien par la suite, comme l’immonde Cool World sorti en 1992, soit quatre ans après celui-ci. En réalité, le métrage fourmille tellement de détails que certains ne se voient qu’après plusieurs visionnages ou en image par image. On notera aussi que Zemeckis maîtrise toujours autant les plans-séquences, permettant ainsi de donner des indications au spectateur sans le prendre pour un idiot.

Un scénario plus complexe qu’il n’y parait

Roger rabbit 2

Un des autres atouts de Qui veut la peau de Roger Rabbit, c’est également le casting qui est à l’affiche : Bob Hoskins campe à merveille un Eddie Valiant alcoolique, traumatisé par la mort de son frère, et que dire de Christopher Lloyd, qui incarne le terrifiant juge Doom… Ne le montrez pas à de jeunes enfants, ils pourraient en avoir peur, notamment à la fin. On y trouve également les doubleurs originaux des toons. La VF ne dépareille pas, et on retrouve le duo Luq Hamet et Pierre Hatet, après avoir œuvré sur Retour vers le futur. Le premier double Roger lui-même, et le second le juge, étant donné qu’il était la voix officielle de l’acteur qui l’incarne.

Mais surtout, le film a un rythme.Il s’ouvre sur un dessin animé complètement fou, qui préfigure que ce sera le long métrage : il n’y a pas de temps morts et on ne s’ennuie jamais dans Qui veut la peau de Rogger Rabbit.

Non seulement les dialogues sont drôles, souvent teintés de jeux de mots, d’ironie bien placée et autres sarcasmes, mais surtout, l’intrigue est bien plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, très vite vient s’ajouter un élément perturbateur  : le testament de Marvin Acme. Que contenait-il ?

Il faut noter que le scénario s’inspire aussi d’un fait réel : le rachat des tramways de Los Angeles par une compagnie privée, qui avait pour objectif de faire une autoroute pour arriver plus vite en centre-ville. Et si dans le film, le plan échafaudé par Doom finit par échouer, à savoir raser Toonville pour faire une autoroute payante et rendre les habitants de L.A. accros à la bagnole, ce ne fut hélas pas le cas dans la réalité. Cela s’appelle le grand scandale des tramways américains, dans lequel on retrouve l’implication désormais prouvée de General Motors. En réalité, ce furent plus de 45 grandes villes américaines qui virent leurs tramways rachetés, puis remplacés par des bus. Et, si le scénario n’a pas la noirceur du livre, le sous-texte reste quand même assez sombre et adulte par certains aspects : ségrégation (les toons vivent séparés des humains et les contacts ne se font que pour le travail ou les loisirs), ou encore travaux et lieux réservés uniquement aux toons, et j’en passe.

Au bout du compte, le succès

Roger rabbit 4

Mais le film fut surtout une sortie importante à plusieurs niveaux : non seulement pour l’aspect technique, comme je l’ai déjà évoqué plus haut, mais aussi pour Disney. La firme n’est en effet plus au top depuis la fin des années 70 et pendant près de 10 ans, sortira des longs-métrages sans envergure ( Rox et RoukyOliver et Compagnie, Basil, c’est mignon mais ça n’apporte rien) ou alors trop éloignés de son image ( Taram et le Chaudron Magique, c’est sombre et violent, et malheureusement, n’est pas Don Bluth qui veut). Ce fut avec Qui veut la peau de Roger Rabbit que la firme se remit dans le bon sens.

Et il y a de quoi : Le film a beau avoir trente ans cette année, ça nous rajeunit pas, mais il suffit juste de le revoir pour s’apercevoir que le tout n’a pratiquement pas vieilli, ça passe encore très bien à l’écran. Et surtout, il s’adresse à tout le monde : les enfant y verront un chouette conte avec un méchant qui fait peur et un lapin de dessin animé rigolo, tandis que les adultes, eux, pourront y voir un film somme toute s’adressant également à eux par certains aspects. Quoi qu’il en soit, Qui veut la peau de Roger Rabbit est un excellent film que j’ai vu enfant, et que je revois encore avec toujours le même plaisir.

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[critique cinéma]Pacific Rim : Uprising

Je savais qu’il aurait été difficile d’égaler le premier film. Mais là, tout de même, ce qui aurait pu être un divertissement honnête n’est qu’un film largement dispensable, qu’on rangera au rayon des films d’action décérébrés au milieu des autres qui existent déjà. Pacific Rim Uprising ne tient pas ses promesses.
Le film n’a, en fait, aucun enjeu. Il offre un scénario d’une platitude sans bornes, dans lequel vous aurez droit à pas mal de clichés du genre : rivalités masculines et féminines, retournements de situations que l’on voit arriver à des kilomètres, mais là, en plus, on a droit à un méchant ridicule. les bonnes idées sont trop rares et hélas noyées dans le flot de tout le reste. Alors que le premier était une lettre d’amour à deux pans de la culture japonaise que sont les gros robots et les Kaijus, qui me rappelaient perso la série Evangelion, fleuron de l’animation japonaise, on nous colle ici un faux prétexte avec le fils d’un des héros du premier film qui retourne au camp d’entrainement de pilotage de Jaegers. Et tiens, parlons-en, des Jaegers… C’est quoi ce look complètement kawaii qu’ils ont collé à celui de la tête à claques qui sert d’héroïne ? SÉRIEUSEMENT ??? Mais bon, si encore c’était le plus grave… Mais…non. En réalité, plus de la moitié du film, c’est des pleurnicheries des différents protagonistes, et une lutte contre un Jaeger renégat. Les Kaijus ? Il ne sont là que dans le dernier tiers du film et par la volonté d’un méchant savant fou qu’on devine directement quand on le voit pour… bah parce qu’il est méchant et qu’il cachait bien son jeu, le bougre…

Le scénario multiplie aussi les incohérences. Les motivations des uns, et des autres ? OSEF. Si vous trouviez que les personnages du premier étaient mal écrits, que diriez vous de celui-ci… La façon dont ils découvrent le véritable but des Kaijus est aussi tiré par les cheveux. Le premier au moins, installait un rythme, et ne faisait pas du spectacle pour rien. Ici, même le Deus ex Machina qui permet d’affronter le monstre de fin, c’est du grand n’importe quoi, tout comme le moyen trouvé pour le battre.

Le métrage n’impressionne pas, et les combats sont filmés à la manière d’un vidéoclip. Le tout es trop rapide, trop expédié et il semble que certaines coupes de montage se voient. Bref, c’est une sous-copie du premier, sans le charisme des acteurs, avec un ersatz de scénario . Quelque chose s’est brisé entre les deux films, Pire , il brise toute a signification de son prédécesseur et la mythologie , pour aboutir à quelque chose qui est au niveau de la saga Transformers, et il y a vraiment de quoi pleurer. Deux choses ont fini de m’achever devant ce triste spectacle : la réplique de fin du héros au méchant qui rappelle un autre navet intégral, à savoir le deuxième Independance Day et le fait que Del Toro soit producteur de ce truc sans âme.

affiche pacific rim

Pacific Rim Uprising

Réalisation : Steven S. DeKnight

Genre : suite ratée

Avec : John Boyega, Scott Eastwood, Cailee Spaeny, Rinko Kikuchi…

Durée : 1h51

Distribution : Universal Pictures France

En salles depuis le 21 mars 2018.

Cinévrac de mars 2018

Bonjour et bienvenue dans un nouvel article . Cette fois, un cinévrac consacré à deux excellents films, à savoir La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro et The Disaster Artist de James Franco.

La forme de l’eau : Guillermo del Toro à son meilleur

affiche la forme de l'eau

La forme de l’eau est sans doute l’aboutissement du cinéma du réalisateur mexicain. C’est vrai, il est un personnage particulier, avec son propre univers. Ce qui lui permet de faire des films très singuliers, mais pas toujours compris par la critique. La forme de l’eau, c’est toute son expérience au service du cinéma. Le film raconte une histoire d’amour. Mais qu’est ce qu’elle est belle, entre une jeune femme muette et une créature humanoïde aquatique . Deux êtres incompris, inachevés, différents du reste des humains qui peuplent le lieu de l’action.  Elle, c’est Elisa, une jeune femme employée comme femme de ménage dans un centre de recherche ultra secret des Etats-Unis dans les années 60, en pleine Guerre Froide. Un jour, elle est témoin de l’arrivée d’une mystérieuse créature aquatique dans le centre. Petit à petit, elle va chercher à mieux la connaitre. Et sans doute la créature est le personnage qui a le plus d’humanité de tout le film.  Del Toro montre aussi les travers de l’époque, notamment une Amérique raciste et paranoïaque. Les Russes et leurs espions sont également de la partie… Mais voilà, Del Toro nous fait comprendre que les méchants ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Ni même les monstres.  On notera l’excellente performance de Sally Hawkins en femme muette. A vrai dire, les acteurs sont tous bien dirigés, bien que le méchant de l’histoire soit un peu caricatural.  Bien entendu, la réalisation est à la hauteur des enjeux : le métrage offre une photo soignée, esthétique avec des plans magnifiques. On retiendra notamment celui d’ouverture et celui de conclusion. On notera aussi l’excellence de la bande originale. Une belle romance pour un excellent film avec un beau message sous-jacent à l’intérieur. 

La Forme de l’eau ( The Shape of Water)

Réalisation : Guillermo del Toro

Genre : fantastique

Avec : Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins…

Durée : 2 h 03

Distribution : Twentieth Century Fox France 

En salles depuis le 21 février 2018

The Disaster Artist : La fabrique d’un nanar culte

affiche the disaster artist

The Room de Tommy Wiseau est un OVNI nanardesque comme on en a jamais fait avant et dont on en fera jamais plus après. Malgré la qualité désastreuse du métrage, ce dernier est devenu culte par son ridicule et continue à être diffusé en séances spéciales. On ne sait d’ailleurs toujours pas grand chose de Wiseau lui-même…le type lui-même semble venir d’un autre monde! Pour rappel, une critique de ce film est disponible sur ce blog.
Mais The Room aura également été une expérience traumatisante pour son partenaire de jeu principal, Greg Sestero, qui tirera un livre de cette aventure, intitulée « The Disaster Artist« . Le film est donc une adaptation du bouquin.
Il n’en reste pas moins que même sans avoir lu le matériau d’origine, The Disaster Artist est un très bon film. Il raconte la rencontre entre Wiseau et Sestero tous deux joués par les frères Franco,, et comment ils en sont venus à créer leur film. Wiseau, en réalité, ne connaissait rien en cinéma ni en jeu d’acteur, mais était persuadé d’être excellent. Ce dernier lui demande d’où vient son aisance, alors que lui n’arrive pas à se libérer. Mais les choses ne seront pas si simples. Le tournage prendra énormément de retard, et Tommy, à la fois scénariste/réalisateur/acteur ne tolérera aucune contestation, se comportant en véritable dictateur.
Il faut souligner ici que le film est une performance à plusieurs niveaux : reconstitutions des scènes du nanar à l’identique, c’est déjà très bien, mais aussi la performance incroyable de James Franco dans le rôle de Tommy Wiseau. Tout simplement incroyable, on dirait le vrai… Autrement dit, c’est un bon acteur qui se retrouve dans la peau d’un mauvais. Mais il reprend tout de lui, son look, et surtout sa façon de parler et ses attitudes, et de fait est méconnaissable.
Ensuite, le film est aussi une réflexion sur le métier d’acteur et de comédien. En effet, il ne suffit pas de connaitre ses classiques, encore faut-il savoir les jouer. Ce que Wiseau et Sestero auront bien du mal à faire. Mais, si le second sait évoluer et apprendra ses limites, le premier, lui est persuadé de son talent. Ce sont en réalité deux amis que tout oppose : l’âge, et leur manière d’être. En témoignent les deux scènes où ils rencontrent chacun une figure connue d’Hollywood : Wiseau est clairement dérangeant dans tous les sens du termes, tandis que Greg, au hasard d’une rencontre dans un magasin, se la jouera modeste quand il se verra proposer un petit rôle. Je ne vous révélerai pas qui sont les deux personnes rencontrées, mais sachez qu’il y a beaucoup de  » guests » jouant leurs propres rôles.
C’est aussi une réflexion sur le cinéma : The Room aurait-il dû sortir en l’état ? Mais plus que tout, il se dessine en filigrane la machine à broyer que peut également être Hollywood. Combien d’acteurs réussissent vraiment dans ce monde impitoyable ?
Voici quelques raisons qui font que The Disaster Artist, contrairement à son nom, n’est pas un désastre et est à voir. Sans compter la surprise post-générique. Et pas parce qu’il y a aussi The Rythm of the Night, de Corona ( la chanteuse, pas la bière).

The Disaster Artist

Réalisation : James Franco

Genre : Biopic

Avec : James Franco, Dave Franco, Seth Rodgen, Alison Brie…

Durée : 1 h 43

Distribution : Warner Bros France

En salles depuis le 7 mars 2018

[critique ciné] Zombillénium

Vous avez sans doute remarqué, mais les films d’animations sortent dans les salles à l’approche des vacances scolaires, histoire d’emmener les enfants lors d’une sortie ciné, même si les prix d’une place ne baisse hélas pas, notamment pour  un plein tarif adulte.  Mais en ce moment, trois films d’animation se partagent l’affiche : My Little Pony le film, Le monde secret des emojis, et Zombillénium. Avant de passer au sujet qui nous intéresse, je vais m’attarder sur le cas du second de la liste. Juste pour vous dire que c’est de la merde en barre. Une pub honteuse avec des placements produits qui ne se cachent même plus. C’est une insulte à l’animation, c’est visuellement immonde, et ça va vite rejoindre Foodfight! ou Ratanouilles dans la catégorie nanar de compet’ et enfances souillées. Il faut vraiment le voir pour le croire, notamment en 2017. Et vous croyez vraiment que j’ai payé une place pour ça ou utilisé mon Pass ? Déconnez pas, les gens… J’ai, pour une fois, traversé hors des clous. Z’allez pas m’en vouloir…

En revanche, pour Zombillénium, qui est le vrai sujet de la critique, j’ai payé ma place et je n’ai pas regretté. Je suis fan de la BD faite par Arthur de Pins, qui est composée pour le moment, de trois tomes : Gretchen, Ressources Humaines et Contrôle Freaks. J’étais curieux de voir ce qu’allait donner l’adaptation en long-métrage animé . Attention, ce qui suit est susceptible de contenir des spoilers.

Au Nord, c’était les démons…

Gretchen animée

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le contexte de Zombillénium, c’est le nom d’un parc d’attractions situé dans les Hauts-de-France, à proximité de Valenciennes. Le thème principal est les monstres et l’épouvante, et le parc est peuplé de monstres des légendes. De vrais monstres. Le problème, c’est que le parc ne plait pas à la population locale, car il a été construit sur une ancienne mine dans laquelle des mineurs sont morts d’un coup de grisou, et aucune embauche n’a eu lieu alors que la région est à 12% de chômage.  C’est dans ce contexte tendu  qu’arrive Hector Saxe, papa d’une petite fille et contrôleur des normes, qui compte bien faire fermer le parc. Il tombe sur Francis Von Bloodt, le vampire directeur du parc, qui le gère d’une façon paternaliste. Mais voilà,  Hector va là où il n’aurait pas dû, et Francis se voit contraint de « l’embaucher ». Je ne vous dirai pas ce que signifie une embauche dans ce parc, mais les lecteurs de la BD le savent.  De plus, un autre problème se présente, la fréquentation du parc est en baisse, et le grand patron ( là non plus, pas de spoiler) donne 15 jours à Francis et ses employés-monstres pour redresser la barre…

On le voit, le postulat de départ a un peu changé par rapport au support d’origine. Aurélien, chômeur, est remplacé par Hector, car selon Arthur de Pins dans une interview accordée à Geek Le Mag, le premier ne se prêtait pas à une écriture cinématographique. De plus dans la BD, c’est sur un cimetière et non sur une mine que le parc a été construit. Ce qui permet de faire un générique d’ouverture qui est une merveille graphique.

Un habile mélange pour prôner la tolérance

Hector Sirius

Pour le reste, le scénario mélange habilement les éléments des trois albums. Visuellement, il est très fidèle, et est très bien animé. On retrouve les personnages de la BD, outre Francis, ils sont tous là : Aton la momie (doublée par un excellent Gilber Levy), Sirius le squelette, doublé par Mat Bastard, du groupe Skip the Use, Blaise, le loup-garou, ou encore Gretchen, la jolie sorcière stagiaire. On retrouve même José, le zombie fan de Michael Jackson. 

La relative brièveté du long métrage (1h18) permet une efficacité dans la narration et le déroulement, quasiment sans temps morts. Mieux, certaines scènes sont géniales, comme le concert de rock et sa battle de guitares électriques, ou encore la poursuite entre une Austin Mini et un vieille camionnette diesel fumante  Citroën conduite par Sylvain, ancien mineur devenu alcoolique. L’ambiance sonore est également géniale, entre les musiques d’ambiance bien trouvées et les chansons faites par Mat Bastard. L’une d’elles, Stand as One, est un hymne à la tolérance et reflète la raison pour laquelle a été construit le parc : Si Francis est effectivement un vampire, il voulait avant tout faire un endroit dans lequel les monstres de toute nature pourraient se sentir en sécurité.  Sans aucun doute la chanson la plus symbolique du film. Et puisque nous sommes dans la musique, si je vous dis qu’on trouve une jolie version des Corons de Pierre Bachelet… j’en ai vraiment eu des frissons de joie, notamment quand on voit la scène à laquelle l’air est associé. 

Qu’est-ce que Twilight prend dans gueule !!!

Et surtout, il y a une chose que j’ai particulièrement kiffé: le démolissage en règle de la saga vampire-paillettes qu’est Twilight. J’ai toujours considéré cette saga littéraire et cinématographique adaptée comme une insulte au mythe des vampires, et cela semble être le cas aussi d’Arthur de Pins et d’Alexis Ducord, le co-réalisateur. La vedette du parc, c’est Steven, un vampire playboy qui brille au soleil, le clone animé d’Edward Cullen, et qui fait sensation sur la grande roue. Arrogant,  il est convaincu qu’il faut un changement radical dans le parc et mettre les zombies au placard pour faire un parc consacré aux vampires uniquement.  Bien évidemment, l’arrivée d’Hector ne lui plait guère… Certes, il ne change pas des méchants qu’on a déjà vu de par ses actions, mais il a le mérite d’être bien écrit. Mais Twilight se prend des taquets, parfois subtils, tout au long du métrage, jusqu’au combat final. 

Un très bon film d’animation, qui manque juste un peu de mordant

Aton Francis

Au final, Zombillénium s’adresse à tout le monde, car il offre différent niveaux de lecture :  les enfants passeront un bon moment avec les monstres,verront une jolie histoire, les fans de la BD reconnaîtront certains dialogues repris mot pour mot, et les adultes verront des références multiples, aussi bien à la pop culture qu’aux problèmes de société actuels. La contrepartie, c’est que le tout est tout de même moins mordant ( si je puis dire) que la BD. Mais c’était sans doute le petit prix à payer pour attirer tous les publics. Le long-métrage prouve qu’une production franco-belge peut faire, sans aucun doute, aussi bien que les américains, tout en étant aussi un poil moins stupide dans le message qu’il délivre. 

Si vous ne devez voir qu’un seul film d’animation en cette période d’Halloween, celui-ci est un excellent choix.  Nul doute que ce parc d’enfer vous emmènera au paradis.

Verdict : Vaut le billet

affiche zombillénium

Zombillénium

Réalisation : Arthur de Pins et Alexis Ducord, d’après la bande dessinée faite par Arthur de Pins

Genre : animation

Avec les voix de : Emmanuel Curtil, Alexis Thomassian, Gilbert Levy, Mat Bastard…

Durée : 1 h 18

Distribution : Gebeka Films

En salles depuis le 18 octobre 2017.

 

[critique film]Kingsman : le Cercle d’or

Bonjour et bienvenue dans une nouvelle critique ciné. Nous allons donc parler aujourd’hui du deuxième film dans l’univers Kingsman.

En 2015, Kingsman : Services Secrets était une excellente surprise et une parodie des films de James Bond.  On y découvrait Taron Egerton en Eggsy, et un Colin Firth déchaîné. On se rappellera les deux scènes cultes que sont le saut en parachute et surtout, le massacre dans l’église  sur la deuxième partie de Free Bird de Lynyrd Skynyrd. Le film était jubilatoire à bien des égards, et donc la question qui se pose est de savoir si avec ce deuxième épisode, intitulé Le Cercle d’Or , Kingsman continuerait sur sa lancée. La réponse est oui, je dirais même qu’il est encore plus décomplexé que le premier. Ce qui est bien… et pas bien à la fois. 

American whiskey

Nous retrouvons donc Eggsy, devenu un Kingsman à part entière, qui se fait alpaguer dès la première scène par une vieille connaissance.  le tout aboutira à une course-poursuite débridée, alors que le métrage n’a pas commencé depuis 5 minutes. Au moins, ça donne le ton, et Kingsman 2 est un grand huit permanent.  Mais cette fois, les Kingsman auront fort à faire. En effet, la méchante du film, incarnée par Julianne Moore détruit leur QG. Ils devront donc demander de l’aide aux Statesman, leurs cousins américains, qui se dissimulent sous couvert d’une… distillerie de whisky. Ouais aux States. Du Whisky américain.  Il parait que rien ne vaut l’écossais mais je ne suis pas buveur de ce breuvage alcoolisé, qui doit de toute façon l’être de façon modérée.  Tout le film est comme ça : encore plus énorme que le premier. Les situations sont encore plus nombreuses qu’avant, les dialogues encore plus drôles, les gadgets plus inventifs et on rit beaucoup. Il faut dire que les acteurs s’en donnent à cœur joie : Taron Egerton et Mark Strong s’amusent , de même que Julianne Moore, en méchante sadique et psychopathe, qui diffère de Samuel L. Jackson mais reste très bonne dans son rôle. Mais la surprise du chef, c’est sans doute Elton John. Je dirais même que c’est le plus « hénaurme » de tous, et on sent qu’il s’est amusé, avec un certain sens de l’auto-dérision. 

Un film généreux…sans doute un peu trop

Mais cette générosité finit tout de même par générer un petit sentiment de trop-plein, et de fait, un aspect tape-à-l’œil pas toujours bienvenu. Pourtant, Matthew Vaughn  sait toujours aussi bien filmer, il y a du rythme, les batailles sont parfaitement chorégraphiées. Mais paradoxalement, le film m’a paru un peu moins maîtrisé que le premier. De même, on regrettera que certains rôles soient quasiment de la figuration : si Channing Tatum s’en sort bien, on voit trop peu Jeff Bridges ou Halle Berry.  Heureusement, il évite de sombrer dans l’auto-parodie pas drôle. Quoi qu’il en soit, Kingsman : Le cercle d’Or remplit son objectif : divertir le spectateur, qui en aura vraiment pour son argent, même si l’effet de surprise est passé. Il reste une excellente comédie d’action.

kingsman 2

Kingsman : Le cercle d’Or

Réalisation : Matthew Vaughn

Genre : comédie d’action

Avec : Taron Egerton, Colin Firth, Julianne Moore, Mark Strong, Halle Berry…

Durée : 2 h 20

Distribution : Twentieth Century Fox France

En salles depuis le 11 octobre 2017.