Archives Mensuelles: avril 2014

Crystals for Life 2014, les speedrunners se mettent aux RPG

Un  petit article pour vous dire que le marathon caritatif Crystals for Life  commencera cette nuit à 1h45  du matin, les heures étant adaptés au fuseau horaire de chaque pays. Il se déroulera à Edmonton, au Canada. Crystals For Life, c’est un peu le milieu d’étape entre l’AGDQ et la SGDQ ( dont on commence à avoir une liste bien établie pour l’édition à venir, mais nous vous en reparlerons). Ce marathon qui  constitué exclusivement speedruns de RPG, a pour but de récolter des fonds pour une association de lutte contre le diabète de type-1.

Pour cette édition qui durera jusqu’au  dimanche 4 mai, ce sera la célèbre Essentia qui ouvrira le bal avec Final Fantasy IV, et Puwexil qui le conclura avec Final Fantasy VI.  Entre temps, il y en aura eu d’autres, et sur d’excellents jeux en général. Vous pouvez allez voir le stream du marathon sur le site même de l’opération, qui sera en anglais. Les dons ne devraient pas poser de problème. Et on vous en parle, parce que  quand les jeux vidéo se mettent au service de la lutte et la recherche contre les maladies, nous, sur le blog, on aime ça. 

Plus d’infos ici, avec la chaine Twitch :

http://www.crystalsforlife.ca/

 

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Julius

E.T. l’Intra-Terrestre

L’univers des jeux vidéo a donné lieu à beaucoup de suppositions et de légendes urbaines. Et tout joueur digne de ce nom doit connaitre celle qui  disait que des milliers de cartouches du jeu E.T. sur Atatri 2600 avaient été enterrées dans le désert du Nouveau-Mexique. Hier soir, la légende est devenue réalité avec des photos à l’appui. Des cartouches de ce jeu, considéré comme l’un des pires  jamais sortis et symbole du Krach économique du secteur en 1983/84, ont été retrouvées sur le site d’Alamogordo, grâce à des fouilles ordonnées par Microsoft.  La côte du jeu devrait décroître si ce n’est vraiment pas une blague, et les éléments laissent à penser que ce n’est pas le cas. Dommage aussi pour ceux qui voulaient revendre… On a également retrouvé quelques exemplaires de Centipede. Ceci dit, sont elles encore utilisables après tant d’années ensevelies ? On peut en douter, mais je crois que le problème le plus insoluble sera : comment brancher une Atari 2600 en 2014 sur nos télés HD ? 

En réalité, l’histoire est assez compliquée. Le film de Spielberg est un carton mondial. Atari achète donc les droits de la licence pour 20 millions de dollars, ordonne le développement du jeu pour qu’il puisse se vendre pour Noël 1982  et commande 4 millions de cartouches pour anticiper la demande. Ce fut un fiasco sur toute la ligne. Le jeu, développé en quelques semaines seulement, est incompréhensible, moche et injouable. Le jeu ne se vend pas, et Atari se retrouve avec un énorme stock d’invendus sur ses bras, avec un perte nette de 536 millions de dollars à la fin de 1983. Depuis 31 ans la légende (donc une histoire comprenant peu de vérité) courait que l’éditeur ayant voulu s’en débarrasser, avait enterré les cartouches restantes dans le désert du Nouveau Mexique. C’est devenu vrai hier.

fouilles ET

Julius

 

25 ans pour la Game Boy

Un quart de siècle. Déjà. Bon anniversaire à la Game Boy, console portable de Nintendo conçue par Gunpei Yokoi, qui fête donc ses 25 ans aujourd’hui. Elle sortit en effet le 21 avril 1989 au Japon. La console sortira en juillet de la même année aux Etats-Unis, alors que la France devra attendre le 28 septembre 1990 pour en profiter. Le projet fut accouché dans la douleur, et le choix d’un écran noir et blanc  fut choisi pour pouvoir la vendre à bas prix. Chose qu’Atari avec la Lynx, et  Sega avec sa Game Gear, avec leur écran en couleurs, ne manqueront pas de railler. Cependant, le savoir-faire Nintendo en matière de jeu, et surtout sa très basse consommation (4 piles AA pour environ 30 heures d’autonomie, contre 6 et 2h30 au mieux, c’est à dire sans le son, pour ses deux concurrentes), lui permettront de s’imposer. La console connut  un franc succès, et était livrée chez nous avec le jeu Tetris. Le catalogue de jeux était de plus très varié, les grands éditeurs japonais développaient dessus, et bien entendu tous les grands jeux de licences Nintendo furent déclinés dessus. Super Mario avec Super Mario Land 1 et 2,  Wario avec Wario Land, mais si je devais en emmener un seul sur une île déserte, ce serait surement le magnifique Zelda : Link’s Awakening, qui est mon épisode préféré de la licence. Cette console portable vit aussi le développement du phénomène Pokemon en 1996, lui permettant ainsi de se relancer malgré des débuts difficiles.  La Game Boy fut la console la plus rentable de sa génération. 

Elle fut déclinées en des versions améliorées: il y eut la Game Boy Pocket, moins épaisse, la Game Boy Light, permettant de jouer avec un écran éclairé  ( un des défauts de la console était qu’il fallait se mettre dans un endroit bien éclairé pour y voir quelque chose sur l’écran), la Game Boy Color, qui eut son propre catalogue de jeu.

Un palier fut franchi en 2001 avec l’apparition de la Game Boy Advance, véritable évolution,avec un processeur ARM-32bit, permettant d’afficher de la 3D et de faire des portages de jeux essentiellement issus de la Super Nintendo. L’écran était assez fin, bien défini, mais une fois de plus,  n’était pas rétro-éclairé. Pour cela, il faudra attendre la Game Boy Advance SP en 2003 qui de plus était pliable pour prendre un minimum de place notamment en voyage. Ce fut d’ailleurs la première portable de Nintendo à utiliser une pile à lithium à recharger et non plus des piles jetables. La dernière version, la Game Boy Micro, ne rencontra pas le succès. 

Nintendo tourna ensuite la page Game Boy pour en écrire une nouvelle avec sa nouvelle gamme de consoles portables, la DS (pour Dual Screen). Mais cela  est une autre histoire…

Julius

Nintendo Gameboy

The Need For Criticism

Vous le savez, beaucoup de jeux  vidéo se sont retrouvés adaptés en films  depuis plus de 20 ans. En général, le résultat n’est pas glorieux, mais je ne vais pas tous vous les énumérer. Et ce mercredi 16 avril, c’est au tour de la licence Need For Speed de se retrouver en long-métrage. Autant vous le dire tout de suite, je n’irai pas le voir.  Mais jeuxvideo.com, eux, ont envoyé un des leurs à l’avant première (ou projection de presse, ce que j’en sais).  Et celui qui a vu le film en a écrit une critique sur le site. Pour moi, rien de plus normal,et pourquoi pas, ça change un peu des sempiternels tests de jeux. Après, on peut penser ce qu’on veut du site.

Mais pour certains, cette critique n’aurait pas du se trouver là. Le site ne doit se concentrer uniquement sur les jeux vidéo. Ah… Venant de la part de certains qui n’étaient même pas encore conçus lors de la sortie du premier NFS en jeu vidéo, je trouve ça un peu fort de café. Et ce d’autant que la critique ciné  publiée est construite et argumentée. Il faut dire aussi que ce JackBradford est un journaliste  free-lance collaborant pour plusieurs sites et magazines, dont certains de cinéma.  Autant dire qu’il connait les domaines pour lesquels il bosse. Mais ce n’est pas parce que pour une fois, il y a une critique cinéma sur un site spécialisé jeux vidéo que ce dernier va se transformer en un Allociné bis. Et ce n’est pas comme si le site n’avait pas une chronique vidéo consacrée au cinéma… Ah tiens, si, rien à redire les gens à ce niveau ?  Et Allociné dispose d’une émission sur les jeux vidéo intitulées Game In Ciné. Ce n’est pas un site spécialisé jeux vidéo pour autant. Et certains chroniqueurs de jeux vidéo sur les sites de vidéo en ligne font aussi des critiques de films. Donc, on peut en déduire que jeux et cinéma sont très liés. Depuis longtemps en fait. Donc non, contrairement à ce que j’ai lu ce ne sont pas forcément deux mondes différents. Mais à en entendre certains, pour les sites internet, c’est  » chacun son domaine ». C’est peut être là le gros problème du nom figuratif. Il y aura toujours des idiots pour vous rappeler que vous vous éloignez du sujet principal dès que vous dépassez du cadre. Pas étonnant donc que certains sites, blogs ou chaines de télévision thématiques portent un nom assez original. Ça évite aux veaux de gueuler sur la ligne éditoriale. Après, le reste est affaire de gout.

Julius

Cinq You La Cinq ! Ou Pas…

J’ai évoqué, dans la note sur Nadia : le secret de l’eau bleue, une chaîne que certains d’entre vous n’ont peut être pas connu, parce que pas encore de ce monde ou trop jeunes pour s’en souvenir. Je veux bien sur parler de La Cinq. Cet article ne saurait toutefois être exhaustif.

En effet, le cinquième réseau hertzien n’a pas toujours été une chaîne publique. Je dirais même qu’il fut le premier « canal maudit » du PAF. Et que si elle a marqué les esprits, ce n’est pas forcément pour de bonnes raisons. Explications sur la vie et la mort d’un canal qu’on ne voudrait pas  revoir, mais qui a quand même existé. Et comme je suis un sadique complet, je publie cela le jour anniversaire de sa mort.

logo la 5

Deux canaux pour le prix d’un

Au milieu années 80, il y avait en France trois chaînes publiques, TF1, Antenne 2 et FR3 et une privée, mais payante, Canal+. Les élections législatives de 1986 approchant, le président de la République d’alors, François Mitterrand, craignant une défaite de son parti, voulait créer un « espace de liberté supplémentaire » sur le réseau hertzien. Après moult rapports, un appel d’offres est lancé. Au final, ce ne seront pas une, mais deux chaînes qui seront créées. Le cinquième réseau est attribué à une alliance entre Silvio Berlusconi, et Jérôme Seydoux (qui gère aujourd’hui le groupe de cinéma Gaumont-Pathé), et le sixième à un consortium regroupant Publicis, Gaumont et NRJ, et deviendra TV6 , à dominante jeune et musicale.

le logo de TV 6

le logo de TV 6

La Cinq est lancée le 20 février 1986 et sera calquée sur le modèle italien Canale Cinque qui appartenait déjà à Berlusconi. La chaîne a d’ailleurs débauché des animateurs vedettes venant notamment de TF1. La première année, on y trouvait Christian Morin, (qui ça ?), Amanda Lear (qui officiait déjà sur la chaîne modèle transalpine). Et donc, la 5 devint la première chaîne privée gratuite à émettre dans le pays.

TV 6 sera lancée le premier mars de la même année.

 

Annulation des concessions : Berlusconi résiste, RTL entre en piste

Ne vous leurrez pas, si le monopole d’État n’existait plus, le lancement de ces deux chaînes a été faite par volonté politique, et servir ainsi de relais à certains. Histoire de redorer son image au 20 heures, par exemple. Il est vrai aussi qu’avec ses trois chaînes publiques et une payante, la France prenait du retard par rapport à ses voisins sur le hertzien. Mais voilà : la défaite pressentie lors des législatives de 1986 se concrétise et il y a un changement de majorité. Jacques Chirac devient premier ministre, et son ministre de la culture d’alors, François Léotard, remet en cause les conventions et autorisations d’émettre des deux nouvelles chaînes, quasiment un an pile après leur lancement.

La Cinq réussit à éviter l’écran noir, avec l’irruption dans l’actionnariat de Robert Hersant alors patron de la Socpresse (qui détient  le quotidien Le Figaro) et beaucoup plus proche de la nouvelle majorité parlementaire, qui s’allie avec Berlusconi et Seydoux. En revanche, TV6 n’y survit pas et arrête sa diffusion le 28 février 1987, elle fut donc la première chaîne à mourir sur le réseau hertzien. Dès le lendemain Métropole Télévision, connue sous le nom commercial de M6 commence à émettre, emmenée par la CLT (Compagnie Luxembourgeoise de Télévision), qui cherchait à faire pénétrer RTL Télévision sur le marché français, et qui avait postulé à l’appel d’offres pour le cinquième réseau lors du premier appel d’offres, le groupe possédant déjà des chaînes en Allemagne et au Benelux. Mais il ne fallait pas que ça se voit trop non plus…

 

Le premier logo de M6.

Le premier logo de M6.

Cinq sur Cinq

Revenons donc un canal en arrière, pour nous concentrer sur La Cinq et nous pencher sur sa programmation . La chaîne abreuvait le téléspectateur de jeux débilitants adaptés de formats italiens, de séries américaines ( dont K2000, Super Copter, Tonnerre Mécanique) de nombreuses coupures publicitaires, mais aussi de dessins animés dans le bloc «  Youpi l’école est finie » et que Berlusconi alimentait de son catalogue italien, en les adaptant en langue française bien entendu. Les génériques étaient également chantés (notamment par Claude Lombard), et parfois intervertis par rapport à l’Italie, l’exemple le plus criant étant celui d’Olive et Tom ( Captain Tsubasa pour les puristes) dont la musique et l’air du générique étaient ceux de l’opening d’Edgar le gentleman cambrioleur ( Lupin the Third) au pays de la pizza. Ça ne paraît pas comme ça, mais La Cinq fut le deuxième diffuseur de dessins animés japonais en France. Dans le même temps, le gouvernement Chirac privatise TF1 la même année et avec ça apparaît sur la première chaîne le Club Dorothée, avec un catalogue tout aussi impressionnant de dessins animés japonais. Lorsque j’étais enfant, il était possible, à la fin des années 80 et au début des années 90, de se faire des mercredis quasi-complets de dessins animés, en zappant sur la Une et la Cinq. De quoi occuper nos vacances les jours de pluie. Le cinquième canal offrait aussi des soirées Disney le mardi soir, avec notamment la diffusion de grands classiques. Il ne faut pas oublier non plus au niveau jeunesse, que la chaîne avait aussi la première émission des «cultures alternatives », Babylone. L’émission, animé par un ancien de Giga sur Antenne 2, Numa Roda-Gil, traitait entre autres des comics et des mangas, qui avaient alors mauvaise presse en France ( les fameuses « japoniaiseries »). Dommage qu’elle n’ait duré que trois mois. Il faut signaler aussi, pour la jeunesse, le jeu En route vers l’aventure, sponsorisée par une boisson à l’orange, qui lança la tendance des jeux pour enfants. La chanson du générique et la pub de la boisson avaient pour auteur Richard Gotainer.

 

Babylone, une émission à l'existence trop éphémère.

Babylone, une émission à l’existence trop éphémère.

 

Signal brouillé et écran noir

Mais vous le savez, l’histoire de la Cinq fut assez brève. Elle connaît des difficultés financières et peine à se développer au niveau des émetteurs. La chaîne a en réalité bénéficié d’une mauvaise implantation d’entrée de jeu. On lui refusa dès son lancement l’uatorisation d’avoir un émetteur depuis la Tour Eiffel. Ça n’a pas aidé, et le développement des réseaux a mis trop de temps à se développer.. Les pertes sont impressionnantes et un changement d’actionnaires se fait en 1990, Robert Hersant voulant se retirer du jeu et ne plus financer à fonds perdus pour ne pas mettre son groupe en danger. La chaîne appartient à Lagardère, qui rentrera progressivement dans le capital de la chaîne via son groupe d’édition Hachette. N’ayant pu avoir TF1, donnée à Bouygues, le groupe y voit l’opportunité d’avoir son propre réseau, en arguant devant le CSA que «Hachette va sauver la Cinq ». Le marchand d’armes bouleverse totalement les programmes et l’habillage, mais la sauce ne réussit pas à prendre, malgré quelques belles réussites. De plus, il ne réussit pas à résorber la dette déjà énorme accumulée par la chaîne.

Lagardère fait appel à Jean-Gaul Goude pour l'habillage, qui adoptera un nouveau logo et un code couleur selon le thème des émissions.

Lagardère fait appel à Jean-Paul Goude pour l’habillage, qui adoptera un nouveau logo et un code couleur selon le thème des émissions.

 

Fin 1991, la chaîne doit licencier les trois quarts de son personnel, soit 576 personnes, et accuse des pertes de l’ordre de plus de trois milliards et demi de francs de l’époque. Le dépôt de bilan est annoncé par son PDG le 31 décembre. Le début de 1992 est agité, après avoir été mise en redressement judiciaire, La Cinq vit dans l’incertitude. Le présentateur vedette du 20 heures, Jean-Claude Bourret, monte une association pour sauver la chaîne de l’inéluctable. Berlusconi se propose de revenir, mais finit par y renoncer. Les quatre autres chaînes existantes forment une alliance contre-nature et proposent un canal commun d’information continue pour remplacer La Cinq. Le 3 avril, le tribunal de commerce de Paris annonce la mise en liquidation judiciaire de la chaîne. Bourret lui-même annonce après quelques secondes de silence au début du JT que la 5 est condamnée, par ces mots : « C’est décidé… la cinq … va mourir dans 9 jours. ». Une fois de plus, il en appelle à la générosité des téléspectateurs, mais rien n’y fait. Pendant 9 jours, La Cinq vit avec des programmes « sous réserve » (C’est à dire que le CSA pouvait à tout moment décider de fermer la chaîne avant la date prévue).

 

Le dimanche 12 avril, le dernier Youpi l’école est finie est diffusé le matin. La chaîne s’éteint à minuit, après une émission de plus de trois heures revenant sur les 6 années de diffusion et qui paradoxalement, fera la meilleure audience de son existence, elle s’éteint en «  éclipsant » le logo « 5 » par une lune noire, avec un remix lugubre de «  Ainsi parlait Zarathoustra » et ensuite, un panneau marqué «  la Cinq vous prie de l’excuser pour l’interruption définitive de l’image et son » sur le son d’une perfusion finissante qu’on administrerait à une personne mourante, suivie de «  c’est fini ». la neige prend place sur l’écran… Le lendemain, le journal Libération fera sa une en titrant ainsi: « La Cinq : Il neige. ». La France sera le seul pays européen à avoir un trou noir entre la quatrième chaîne, cryptée, vu que c’était Canal+ qui commençait d’ailleurs à monter en puissance, (là aussi, cas unique sur un réseau hertzien), et la sixième, M6, profitera bien entendu de la chute de La Cinq en récupérant notamment les soirées Disney du mardi soir. La sixième chaîne a souvent été appelée « la chaîne de trop ». Autant dire que la chute d’un concurrent privé à été pour elle une aubaine.

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Jean-Claude Bourret tentera ensuite avec son association de récupérer la fréquence perdue pour faire renaître la chaîne, mais jusqu’ici, on ne peut pas dire qu’il ait réussi.

 

« Elle s’est drôlement améliorée la Cinq, depuis quelques semaines ! »

Le cinquième réseau sera finalement préempté par l’État. Le 28 septembre 1992, ARTE, la chaîne culturelle franco-allemande commence à émettre sur le canal, de 19h à 1 h du matin. Dès lors, voir revenir l’ancienne Cinq semble désormais bien compromis.

Le premier logo d'Arte, la chaîne culturelle franco-allemande.

Le premier logo d’Arte, la chaîne culturelle franco-allemande.

 

Le 13 décembre 1994 apparaît en journée, de 6 heures à 19 heures, La Cinquième, la chaîne «  du savoir, de la formation et de l’emploi ». Les programmes étaient très bons et ludiques, comme le jeu «  ça déméninge », des interludes rigolos comme «  mathématique impertinente », les fans d’animation se régalaient avec Cellulo présentée par Serge Bromberg, restaurateur et collectionneur de vieilles pellicules, et qui était l’occasion de revoir des anciens cartoons trop peu diffusés. L’habillage du canal était également réussi. Aujourd’hui elle n’a rien perdu de sa vocation éducative et culturelle, même si les programmes cités ci-dessus ont disparu. Et c’est France 5, la chaîne ayant été incorporée au groupe audiovisuel public en 2002. La télévision analogique n’existant plus en France, France 5 et Arte ont chacune leur canal : 5 pour la première, et 7 pour la seconde, qui peut varier dans de rares cas.

 

Le premier logo de La cinquième. Aujourd'hui, c'est France 5.

Le premier logo de La cinquième. Aujourd’hui, c’est France 5.

La Cinq, c’était vraiment bien ? J’en doute…

Avec le recul, doit on regretter l’ancienne version de ce canal ? Pas si sur. Quand je vois que certains disent que c’était la meilleure chaîne hertzienne ayant jamais existé, j’ai envie de rigoler. L’enfance, l’adolescence, et plus généralement la nostalgie ne permettent pas tout. Berlusconi voulait une chaine «  facile à absorber » pour le téléspectateur. Certes, pour les enfants, elle faisait le job. Mais il fallait voir la programmation pour adultes. Je ne le nie pas, c’est grâce à elle que j’ai mes premiers souvenirs des séries citées plus haut, et je passais des heures à me prendre pour David Hasselhoff avec sa voiture parlante. Mais la plupart des séries commençaient vraiment à dater. Déjà vieillottes pour l’époque, je vous laisse imaginer aujourd’hui. Les jeux étaient surtout des grands shows assez vides. Si Berlusconi était resté, peut être aurions nous eu droit à certaines « extravagances » que j’ai pu voir sur ses réseaux italiens ( il contrôle les 3 principales chaînes privées du pays) et pour rien au monde j’en aurais voulu. Mais on dirait aujourd’hui que NRJ12 fait bien la remplaçante, niveau émissions de merde… Aurions-nous vu Loft Story sur La Cinq au lieu de M6 ? Aurait-elle fait dans la surenchère avec TF1 qui se mettra en pleine « quête de sens » juste après la mort de la Cinq, avec des reality-shows à deux francs et des présentateurs à la déontologie encore plus douteuse, et ce d’autant qu’un d’entre eux y a bossé (pas d’noms, pas d’polémique) ? On ne le saura jamais. Mais on comprend mieux pourquoi Berlusconi a renoncé à revenir et les pressions des autres chaînes ainsi que de la classe dirigeante. Sans doute ne voulait-on pas, en France, qu’il devienne aussi puissant qu’il ne l’était ( et est toujours) en Italie. Mais là aussi, on ne saura jamais exactement la vérité. Et si le magnat italien avait promis une télé «  Beaujolais la semaine, et Champagne le samedi » c’était en réalité plutôt « Cola Leader Price » et «  Mélange de vins rouges de la communauté européenne (bouteille non consignée) », même après l’arrivée de Lagardère. Bourret avait beau jeu de dire qu’il y a eu une volonté politique de faire disparaître la chaîne, et de prétendre que La Cinq était la chaîne de ses téléspectateurs, ce n’était évidemment pas le cas. Et niveau TV de m***e, ça se posait là quand même. C’est à mettre en corrélation avec ce que j’ai dit au dessus. Et du temps de cerveau disponible, bien qu’un ancien P-DG de TF1 n’osera le dire que 13 ans après la disparition de la chaine.

Nous avions des yeux d’enfants, alors forcément, nous manquions de recul. Pas sur qu’adultes, nous aurions la même indulgence, même à la fin des années 80.

 

"Ce que nous vendons à Coca, c'est du temps de cerveau disponible." Cette phrase aurait pu être dite par les dirigeants de l'ancienne Cinq...

« Ce que nous vendons à Coca, c’est du temps de cerveau disponible. » Cette phrase aurait pu être dite par les dirigeants de l’ancienne Cinq…

Contrairement à une rumeur tenace, elle n’a pas été la première chaîne hertzienne à mourir, comme je l’ai dit au début, c’est TV6 qui fut la première à disparaître du paysage. Seulement, M6 prit immédiatement le relais sur le sixième canal ( interruption de quelques heures), ce qui a rendu la chose moins marquante, et les dirigeants de La Cinq ont su faire de sa disparition un grand spectacle. On peut dire qu’ils ont réussi leur coup. La bande annonce disait même « vous pourrez dire à vos enfants : j’y étais ». Depuis, une mort aussi spectaculaire ne s’est pas reproduite. Maintenant, on peut recevoir jusqu’à 25 chaînes grâce à l’antenne (ou un petit décodeur), donc le paysage télévisuel a évolué. Plutôt que de faire « mourir » une chaîne, ses actionnaires préfèrent la vendre à un autre groupe, qui en prend alors le contrôle, reformate la programmation et la renomme. L’exemple le plus récent est Direct 8, appartenant à Bolloré et revendue à Canal+, qui voulait mettre un pied dans le hertzien gratuit. Depuis le 8 octobre 2012, la chaîne s’appelle D8. Mais canal a mis aussi la main sur le nouveau «  canal maudit », le canal 17 de la TNT qui a changé, jusqu’ici, quatre fois de nom. D’abord lancée sous le nom d’Europe 2 TV, et appartenant à Lagardère, elle fut ensuite renommée en Virgin 17 . Mais le groupe, décidément maudit sur le hertzien, revend finalement la chaîne à Bolloré en 2010 qui la renomme Direct Star. Canal+ récupère du coup ce boulet deux ans plus tard, la réoriente vers la musique et la renomme D17. Pour le moment, ça en reste là. Si les morts et les écrans noirs sont peu probables sur les réseaux nationaux (même Numéro 23 se fera au pire des cas racheter), les morts télévisuelles sont plus fréquentes dans le monde des chaînes thématiques. Si elles sont jugées non rentables,comme la plupart appartiennent à de grands groupes, elles sont fermées. Les chaînes indépendantes, plus rares , survivent comme elles peuvent, et l’une d’elles a montré une vaillance incroyable. Elle est toujours là et je pense que vous l’avez reconnue. Beaucoup meurent dans anonymat le plus total.Sans fleurs, ni couronnes, ni mise en scène grandiose.

 

Je tiens à remercier particulièrement C2J pour le titre , bien plus intéressant que celui que j’ai trouvé au départ,reflétant bien la dimension critique que je voulais donner à l’article.

 Julius