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L’Amstrad GX-4000, la console qui avait tout faux

Dans le domaine des jeux vidéo, les années 90 ont été une décennie très riche, faite de succès, d’échecs, et d’expérimentations. Certains ont tenté de se faire une place sur le marché des consoles alors occupé par le duo Nintendo et Sega, ou de récupérer la place qu’ils avaient perdu. Le tout étant de sentir le bon moment pour ça et à part Sony en 1994, ceux qui ont voulu s’y essayer se sont cassé les dents, pour diverses raisons.

Mais je n’ai, pour ainsi dire, jamais vu une console faire autant de mauvais choix que la GX-4000 d’Amstrad. Explications.

Nintendo et Sega ? Même pas peur !

Pour comprendre, Amstrad occupait le créneau des micro-ordinateurs, et marchait plutôt bien en France et en Grande-Bretagne avec sa gamme CPC face à la concurrence acharnée que se livraient Atari avec sa gamme ST et Commodore avec ses Amiga dans les années 80.

Mais le marché des consoles de jeux commence à faire de l’ombre aux ordinateurs, dont les gammes ont du mal à se renouveler.

Amstrad tente donc de réagir, notamment en faisant une console de jeux. En gros, transférer son CPC+ dans un boîtier ressemblant à un vaisseau spatial. Avouons-le, l‘un des rares bon points de la console est son look global.

Bref, son architecture tourne autour du processeur ZiLog 80, qui est un 8 bits.

Amstrad sort donc en 1990 sur le marché Européen uniquement, un modèle juste amélioré de son CPC+, avec quelques palettes de couleurs en plus. Un peu léger, quand on sait que le but est de concurrencer Nintendo et surtout Sega, qui sortait en novembre, soit deux mois après la venue de la GX-4000, la Megadrive sur le vieux continent !

La console est accueillie froidement par la presse de l’époque, notamment par Tilt, les magazines spécialisés aux consoles de jeux commençant tout juste à exister. Pour la rédaction de ce magazine, la console part dès son lancement avec de sérieux handicaps : elle n’apporte rien par rapport à celles déjà présentes au niveau technique, et pour 300 francs de plus de l’époque (me demandez pas la conversion en euros avec l’inflation), on peut s’offrir une PC Engine, qui elle est nettement plus performante, et capable de rivaliser avec la 16 bits de Sega. Il faut dire que les premiers jeux sont identiques à ce que l’on trouve sur CPC sans amélioration notable. Il faudra donc que les éditeurs travaillent pour exploiter pleinement la console.

A ses débuts, le système a le soutien des éditeurs français et anglais, notamment ceux ayant déjà travaillé sur CPC, on peut citer notamment Ocean, Titus ou Loriciel. Éditeurs qui vont très vite déchanter.

Dans le même magazine, Alan-Michael Sugar, fondateur d’Amstrad donnera une interview assez lunaire, où il déclare notamment, dans le numéro 81 (septembre 1990), que partir en dernière position ne lui fait pas peur, la gamme CPC étant numéro 1 en France, en oubliant sciemment qu’en dehors du Royaume-Uni et de la France, le succès d’Amstrad est quasi-nul, et que le prix relativement élevé pour une console de cette gamme sue justifiait par ses performances et que même si ce n’est pas une 16 bits, les jeux seront aussi bons que sur Megadrive ou Coregrafx ! Confiant, le mec.

Une console hors du coup dès le départ

Pourtant, dès le départ, les rédacteurs pointaient déjà du doigt les failles de la console, notamment une animation parfois moins rapide que sur CPC ! Pire, il est dit dans le texte que « même la Master System paraît plus performante » !

De fait, c’était le cas. La NES ( 1983 au Japon) et la Master System (1986) étaient beaucoup plus performantes que la GX-4000. Ne me demandez pas pourquoi ce nom. Player One testa aussi la bête dans son premier numéro, et se montrera plus enthousiaste (4 096 couleurs les mecs!)

Amstrad fera des campagnes de pubs, souvent bien racistes (des japonais ultra-clichés qui se font assommer par le croco Amstrad), disant que « la console Amstrad, elle est dans coup ! ». Mais oui bien sûr ! De fait, Amstrad n’a pas anticipé la venue des consoles 16 bits et se retrouve vite hors du coup techniquement notamment avec l’arrivée de la Megadrive.

Noël 1990 s’avérera catastrophique. C’est vrai, alors qu’on propose une PC Engine avec de jolies perfs, pour 300 francs de plus « seulement » je le rappelle, une NES et une Master System encore bien installées en Europe avec des ludothèques de ouf, qui choisirait une console en retard techniquement digne d’une Atari 7800  avec de plus un choix très restreint de jeux pour 990 francs ?

Les chiffres sont éloquents : à la date de mars 1991, seulement 13 000 exemplaires ont trouvé preneur, très loin des 150 000 prévus au minimum. Dans l’urgence, Amstrad baissera le prix de la console à 690 francs, puis 300 pour les fêtes de 1991. Le numéro Hors-Série de Tilt la désignera comme « une console à part ». Un euphémisme pour dire « un truc sorti en retard et qui s’est très peu vendu ». La revue la classera dans la même catégorie que l’Atari 7800 qui était encore en vente. Mais Atari avait l’excuse de l’ancienneté, ce qui n’était pas le cas d’Amstrad.

Parmi ses points faibles, le magazine pointera « un avenir plutôt flou ». De fait, ce fut le cas. La console fut retirée des rayons début 1992.

Au total, 27 jeux en tout et pour tout, sortiront sur la machine, tandis qu’une dizaine furent annulés.

Échec et mat

Sonic a fait briller la Megadrive, qui est arrivée trois mois après la GX-4000, ouvrant ainsi l’ère des consoles 16 bits en Europe, prouvant par conséquent l’erreur stratégique d’Amstrad.

L’échec de la GX-4000 s’explique en partie par le fait qu’elle était en retard sur son temps, mais pas seulement. La production de jeux rencontrera des problèmes, la duplication de cartouche ne prenant pas des semaines, mais des mois. De fait, peu de jeux ont pu être offerts aux acheteurs, et aucun n’était véritablement en état de faire acheter la console à lui-seul. Et il faut bien l’avouer, la plupart étaient des portages issus du CPC avec des améliorations mineures. Un peu juste pour convaincre, d’autant qu’ils étaient plus chers sur GX-4000.

Cliff Lawson, un des concepteurs de la console, restera persuadé des années plus tard que la console était «au moins aussi bonne» que la NES, et qu’elle a échoué à cause du manque de jeux et Amstrad n’avait pas la puissance financière pour rivaliser avec Nintendo et Sega. Il confiera également au magazine Retro Gamer britannique que pour réussir, il aurait fallu plus d’argent pour que les éditeurs continuent à soutenir Amstrad, des jeux arrivant plus rapidement, et aussi, faire une console 16 et non 8-bits aurait également pu aider.

Au final, on estime le nombre de GX-4000 vendues à 150 000, dont 40 000 en France. Une console qui aura définitivement enterré les ambitions d’Amstrad, aussi bien dans le monde des consoles que de la micro-informatique. Le PC grand public allait alors connaître son heure de gloire…

Le Desert Bus de l’espoir 2020 bat un nouveau record

Le Desert Bus de l’Espoir a encore roulé du 20 au 22 novembre et a battu un nouveau record de dons pour l’association Petits Princes, qui permet de réaliser les rêves des enfants malades. Cette édition était organisée entièrement en ligne, Covid 19 oblige. Mais c’était très bien, avec différents intervenants, dont des habitués, les parrains de cette année étant Brigitte Lecordier et Manu Lévy. Au total, ce sont 62 080 € qui ont été récoltés, et l’objectif initial était de 50 000.

Une des bonnes nouvelles de 2020, c’est que les gamers ont toujours du cœur pour les bonnes causes.

Et puisque je vous tiens, sachez que ce blog va reprendre un peu du poil de la bête en cette fin d’année. Quelques articles, dont un sur un gros jeu qui vient de sortir, devraient arriver. A bientôt.