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[retrogaming] Sonic & Knuckles a passé tous les tests, sauf un

Mega Force était enthousiaste

Le 18 octobre 1994, Sonic & Knuckles sortait sur Mega Drive. Le jeu est en réalité la deuxième partie de Sonic 3, sorti le 2 février de cette même année, qui avait été divisé en deux pour des questions de délai. Conscient que le jeu s’enchainait directement, Sega a mis au point un adaptateur sur la partie supérieure de la cartouche, appelée « Lock-On ». Le but premier de cela était bien entendu de jouer au véritable Sonic 3, ce qu’aurait dû être le jeu à la base, et pour lequel Sega avait demandé aux équipes de se lâcher. Le jeu devenant alors Sonic 3 & Knuckles. La partie Sonic 3, à la fin de Launch Base, enchainait alors directement avec le début de Sonic & Knuckles, qui était lui aussi jouable en solo. De fait, Tails pouvait par ce système explorer la partie S& K et Knuckles la partie Sonic 3. Le nombre d’émeraudes à récolter passe alors de 7 à 14. Je ne vais pas refaire la critique que j’ai rédigée il y a deux ans, mais Sonic 3 & Knuckles demeure un des plus grands jeux de plateformes de son époque, rivalisant sans mal avec un Mario.

Internet n’étant pas encore dans les foyers français, je me reportais à la presse papier pour me renseigner sur les jeux du mois. Comme quoi l’argent de poche ça servait… Et justement, les journalistes français sont pour la plupart, enthousiastes. Consoles + adjuge 93% à S& K, louant l’intérêt du jeu seul, le qualifiant de « petite bombe » qui devient « atomique » couplé avec Sonic 2 ou 3. Player One lui octroie un 95% disant que  » le système mérite bien des éloges ». SuperSonic un magazine spécialisé Sega, adjugera allez, un bon 92% louant l’intérêt du lock-on bien que soulignant le peu de nouveautés par rapport à Sonic 3 et Méga Force, le magazine de référence des consoles Sega de l’époque, un 93% avec un testeur enthousiaste : « comment pourrais-je critiquer un tel chef d’oeuvre ? » « j’en reste sans voix! «  louant là aussi le concept du lock-on.

Bref, toute la presse de novembre/décembre 1994 est enthousiaste. Toute? Non! Il y a un magazine qui n’a pas apprécié plus que ça Sonic & Knuckles, et pas des moindres : il s’agit de Joypad. Testé par un certain « Judge Dredd » , (qui n’est apparemment pas resté très longtemps à la rédac), le jeu se fait descendre. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais le testeur n’a visiblement pas compris le système du Lock-On. Ni même pris en compte que le jeu solo propose un contenu équivalent, voire légèrement supérieur à celui de Sonic 3. La notation s’en ressent : 11/20 en graphismes… Il se moque de qui, sérieusement ? Pour lui « seuls trois niveaux méritent le détour, et encore je suis gentil ». Euh mec, ils sont dans la continuité de Sonic 3, donc fouillés, colorés et fins, et si tu voulais souligner un manque de renouvellement des univers, ce n’était pas une raison de le descendre ainsi. Il y a même certains effets qui relèvent de la prouesse sur la console ! Et quid de la narration, qui prouve qu’un jeu n’a pas forcément besoin de textes pour raconter une histoire?

Joypad beaucoup moins.

Dans la même veine, 12/20 en note sonore : « manque d’originalité sauf Sandopolis. Où sont les bruitages, au fait ? » En fait, il a joué sans le son, c’est ça ? En réalité, je pense qu’il n’a pas compris que le jeu était dans la continuité de Sonic 3 et que s’il voulait quelque chose de vraiment différent, ce n’était pas avec ce jeu qu’il allait l’avoir. En témoigne cette phrase sur l’animation :  » Sonic, lui, semble ne pas avoir évolué depuis ses prestations dans le volume 3. Pourquoi ? «  La note globale sera de 81%. Pas si mal dans l’absolu, mais dans la presse, ça signifiait déjà un jeu en deçà des hits et ce n’est pas ce qui manquait en 1994 ( EarthWorm Jim, Mickey Mania, Le Roi Lion et plein d’autres). Effectivement, je pense que ce Judge Dredd n’a pas compris ce qu’était visiblement le jeu et nous n’avons pas dû jouer au même que ce soit moi ou ses confrères.

Mais bon, à vrai dire, même si je n’ai jamais compris cette descente en flèche du jeu, même 27 ans plus tard, Joypad n’était pas un mauvais magazine, bien au contraire. Et au début des années 90, oui, il pouvait arriver que les testeurs d’un magazine n’aimaient pas un jeu, pour diverses raisons : ils n’ont pas compris où le soft voulait en venir, ou encore, en voulant trop comparer par rapport à d’autres épisodes d’une saga. Un exemple ? Consoles + s’était montré cette même année 94 peu enthousiaste quant à la venue de Castlevania : New Generation sur Mega Drive, arguant principalement qu’il ne tenait pas la comparaison avec Super Castlevania IV sur Super Nintendo… Mais cela prouvait aussi que les rédacteurs en chef laissaient une certaine liberté d’évaluation à leurs testeurs.

Il est toutefois dommage qu’un des plus grands paltformers de son époque une fois couplé à Sonic 3 ait bénéficié d’un tel traitement…

Sonic & Knuckles fête ses 25 ans

On le sait, les jeux Sonic sur Megadrive sont quasiment tous incontournables. Et le 18 octobre 2019, c’est Sonic & Knuckles qui a fêté ses 25 ans d’existence. Retour sur un jeu de dingue à tous les niveaux.

Une cartouche particulière

Je me souviens, j’ai eu cette cartouche pour mon anniversaire en 1994, alors que je n’avais pas eu Sonic 3, étant donné son prix très élevé par rapport à la moyenne des cartouches Megadrive ( 549 francs de l’époque, contre 400 en moyenne pour un autre jeu). Mais qu’importe. Je me souviens aussi de la pub française de l’époque, où nous voyons un jeune garçon attaché sur une chaise, avec ces lignes en dessous :  » votre petit frère regrettera longtemps d’avoir échangé vous anciens jeux Sonic ».

La forme de la cartouche en elle-même est particulière : en effet, elle s’ouvre sur le dessus, permettant d’insérer une autre cartouche de la MD en elle : c’est le « lock-on ». Pourquoi cette particularité ? En réalité, Sonic & Knuckles est la deuxième partie de Sonic 3. Le jeu a été coupé en deux parties pour des raisons de délai, d’autant plus que le troisième épisode de Sonic avait déjà manqué les fêtes de 1993. Ainsi, sortit en février 1994 Sonic 3 avec les 6 premières zones, et le 18 octobre de cette même année, S&K avec les 8 zones manquantes. Projet plus vaste, et plus ambitieux que les deux premiers épisodes, SEGA n’avait sans doute pas anticipé le fait qu’il lui aurait fallu plus de temps pour achever son oeuvre.

Une suite directe

Le personnage choisi par défaut est Sonic, et le scénario du jeu se poursuit avec lui : le hérisson bleu a réussi à faire échouer le lancement du Death Egg, et ce dernier s’écrase sur le cratère du volcan de l’île Flottante, sur lesquelles se trouvent également les émeraudes du chaos. Eggman sait que ces dernières feraient une source d’énergie inépuisable pour son satellite… d’autant plus que la rumeur dit que l’Emeraude-Mère s’y trouverait. Sonic devra traverser 8 zones immenses qui sont dans l’ordre : Mushroom Hill, Flying Battery, Sandopolis, Lava Reef, Hidden Palace, Sky Sanctuary, Death Egg et Dooomsday Zone. Si vous enchaînez depuis Sonic 3, vous n’aurez pas droit à la forme ultime du dernier boss de Launch Base, et le jeu enchaînera sans interruption sur la première zone de S&K.

Bien entendu, le hérisson bleu devra toujours composer avec Knuckles, qui lui mettra des bâtons dans les roues jusqu’à un certain point, lorsque notre échidné comprendra finalement que le véritable ennemi n’est pas Sonic, mais bien Eggman. A ce titre, les efforts de mise en scène initiés par Sonic 3 se retrouvent ici amplifiés. Certes, il n’y a pas de cinématiques, mais les mouvements sont suffisamment compréhensibles pour comprendre de quoi il retourne.

Mais une des nouveautés de cet épisode, c’est que Knuckles dispose désormais de sa propre aventure. Chronologiquement, elle se déroule après celle de Sonic sur l’île, comme semblent en témoigner certains détails des niveaux. Qui lui a envoyé cette bombe, et pour quelle raison ? Notre échidné décide d’aller tirer tout ça au clair. L’aventure est toutefois un peu plus courte que celle de Sonic.

Knuckles dispose de pouvoirs tels que planer dans les airs et s’accrocher aux murs, lui permettant de passer par des chemins la plupart du temps inaccessibles au hérisson bleu. En revanche, il saute moins haut. Vous l’aurez compris, ajouter Knuckles donne une belle rejouabilité au titre.

Des changements dans la continuité

Sonic & Knuckles n’est pas tout à fait comme Sonic 3. Les changements se voient notamment au niveau des tableaux bonus. Certes, les « Blue Spheres » en 3D dans les anneaux géants existent toujours, de quoi donner encore plus des maux de tête aux joueurs pour la récolte des émeraudes, ce qui porte le total à 14 avec celles de Sonic 3,mais cette fois, si vous passez un reverbère étoilé avec 20 ou 50 rings, vous aurez droit à deux séquences bonus différentes. La première est « les boules brillantes » : tout en verticalité, vous devrez prendre de l’élan auprès de boules brillantes pour monter le plus haut possible et faire attention à ne pas tomber en bas de l’écran. La seconde est un mélange entre le niveau bonus du premier Sonic et Casino Night de Sonic 2, avec une machine à sous présente dans un labyrinthe tournant sur lui-même. Très utile pour glaner des continues. Il faut noter que vous conservez tous vos anneaux et éventuellement votre bouclier si vous sortez des zones bonus.

Le fait qu’il est la suite directe de Sonic 3 se sent directement : même police d’écriture pour les niveaux toujours divisés en deux actes immenses se terminant tous par un boss à la fin ( un robot dans l’acte 1 et Eggman dans une des inventions farfelues dans l’acte 2), et le HUD. Et quand je dis « actes immenses », ce n’est pas pour rien. Combien de fois n’ai-je pas eu de vies perdues pour dépassement de temps (toujours limité à 10 minutes par acte), dans la pyramide de Sandopolis ? On y retrouve les mêmes bonus contenus dans le même type de télés, à savoir le Super-Ring qui offre dix anneaux supplémentaires, les vies supplémentaires, les espadrilles magiques mais aussi les trois boucliers de Sonic 3 à savoir le bouclier de feu ( très utile dans Lava Reef, notamment face au boss), le bouclier électrique, qui attire les anneaux environnants et dévie certains projectiles, et le bouclier bulle qui permet de respirer sous l’eau indéfiniment, bien que ce thème soit absent de S&K. Le titre introduit cependant pour la première fois de la saga un niveau situé dans le désert.

Un jeu magnifique

On comprend pourquoi les programmeurs ont eu besoin de temps pour peaufiner cette deuxième partie : le jeu est encore plus poussé que Sonic 3 techniquement. Le titre est magnifique, avec de belles couleurs, des dégradés dans certains niveaux . La Megadrive poussée dans ses derniers retranchements, à une époque où les 32 bits pointaient déjà le bout de leur nez. Mieux encore, certains niveaux peuvent changer d’un acte à l’autre : l’acte 2 de Lava Reef se passera dans des tunnels de lave cristallisée, par exemple. Et l’animation n’est pas en reste. Sonic, c’est rapide, et là encore nous sommes servis, avec des loopings, des voies tortueuses dans des niveaux gigantesques, ça va dans tous les sens, et ça ne ralentit jamais. Bien entendu, les programmeurs, malins, ont souvent posé des pièges exactement là où vous êtes sensé atterrir…

Les musiques sont encore meilleures que dans Sonic 3, pour lequel certaines étaient de qualité inférieure aux standards attendus pour un jeu de la saga ( Launch Base… mon dieu…), et faites par les musiciens de Michael Jackson, voire le King of Pop lui-même, bien que non crédité, mais là, le compositeur du jeu est Howard Drossin (qui signera ensuite les musiques de Comix Zone). Il y a toujours une variation du thème de zone entre l’acte 1 et l’acte 2, quand il ne change pas du tout au tout. Les bruitages sont fidèles à ce qu’on attend et les fans n’ont pas été dépaysés.

Quant à la jouabilité, là encore, c’est exemplaire. Sonic se manie bien, et dispose toujours des mouvements présents dans Sonic 2 et 3 : le spin dash, mais aussi  » l’insta -shield » qui permet de faire un bouclier contre un projectile en appuyant deux fois sur une touche de saut, ou de se transformer en torche avec le bouclier de feu… Les mouvements de Knuckles s’apprivoisent très vite. Attention toutefois, notre échidné saute moins haut que le hérisson bleu... on ne peut pas tout avoir… Le gameplay varie aussi selon les niveaux : vous devrez par exemple rallumer la lumière dans l’acte 2 de Sandopolis, ou encore jouer avec la gravité dans Death Egg

Une durée de vie immense

Terminer un Sonic n’est pas très difficile, et celui-ci ne déroge pas à la règle. C’est vrai, boucler les actes vous prendra un peu plus de temps que d’habitude, mais l’aventure reste globalement assez courte, notamment avec Knuckles qui n’aura pas accès aux dernières zones et s’arrêtera à Sky Sanctuary (même si le méchant de son scénario est bien trouvé). La dernière zone avec Sonic, Doomsday Zone, ne s’ouvrira que si le joueur a trouvé au moins 7 émeraudes du chaos permettant la transformation en Super Sonic. Mais avoir deux personnages permet une belle rejouabilité.

Mais surtout, la technologie du « Lock-On » permet de prolonger le plaisir , notamment si vous mettez Sonic 3. Un jeu immense vous attend et 14 zones à traverser, rien que ça, avec Sonic, Tails, et Knuckles, au choix. Le nombre d’émeraudes est porté à 14 et permet la transformation ultime de Sonic. Encore faut-il ne pas devenir fou avant de toutes les trouver. Quoi qu’il en soit, Sonic 3& Knuckles signe l’aventure la plus longue d’un épisode Sonic en 2D, le véritable Sonic 3 prévu par les programmeurs.

Et si vous mettez votre cartouche de Sonic 2 à la place, Knuckles est jouable dans le jeu. Bon, on ne peut plus jouer que lui, mais ses facultés permettent notamment de dénicher quelques vies haut perchées.

Tout autre jeu fiché dans la cartouche verra marqué « No way » à l’écran, mais si vous appuyez sur A, B et C en même temps, cela vous donnera l’occasion de vous entraîner pour la récolte des emeraudes…

Je terminerai sur un regret : On ne trouve plus S&K, tout comme Sonic 3, dans les différentes compilations, ni même dans la Megadrive Mini. La faute à une question de droits sur les musiques… ce qui renforce la thèse d’une probable participation de MJ à certains morceaux… c’est regrettable, mais c’est ainsi, hélas…

Conclusion : Un Sonic de dingue

Sonic & Knuckles est un excellent Sonic dans tous les sens du terme. Seul, il offre déjà un très bon contenu, mais sa technologie « Lock-On » permet de rallonger le plaisir notamment avec Sonic 3, pour obtenir le plus long jeu 2D de la saga jamais créé. Brillant aussi bien ludiquement que techniquement, S&K est un must-have de la console noire.