Archives de Catégorie: Bouillon de Culture

les ouvrages que nous avons aimé…

[critique livre] Yoshitaka Amano, au delà de la fantasy

Le fait de jouer à des jeux vidéo permet aussi de sortir de cette zone de confort et de découvrir certaines personnalités. Lorsque j’ai commencé à jouer à Final Fantasy, un nom est vite apparu : Yoshitaka Amano. Qui était-il, cet homme qui faisait toutes les illustrations des logos de la saga ? Les magazines mettaient même dans les années 90 certaines de ses œuvres pour illustrer un jeu de la saga.

Son style particulier m’a tout de suite plu. Amano fait désormais partie de mes artistes préférés tout genres confondus. D’ailleurs, une de ses illustrations était la photo de mon premier blog lorsque j’ai commencé à écrire sur le net, il y a 10 ans de ça. Pendant longtemps, je me suis demandé qui aurait le courage en France de faire une biographie de l’artiste.

Eh bien, je ne peux que remercier Florent Gorges pour cet ouvrage, Yoshitaka Amano : Au-delà de la fantasy, qui est de plus sa biographie officielle. Il lui aura fallu plus de deux ans de travail pour nous sortir cet ouvrage somptueux.

Non seulement, le livre est beau, bien mis en page, bravo au maquettiste, avec un bel équilibre texte/photos, mais surtout, c’est l’occasion d’en apprendre plus sur l’artiste lui-même. Sur son activité, ses œuvres, ses travaux (il n’a pas  travaillé que sur Final Fantasy), ses relations avec sa famille mais aussi celles qu’il a eues avec Squaresoft, notamment avec Hironobu Sakaguchi. 

Personnage fascinant, Yoshitaka Amano vous invite dans son monde grâce à ce livre passionnant de bout en bout. Je ne peux que vous inciter à le découvrir et ce très bel ouvrage vous en apprendra plus que vous ne pourrez l’imaginer. 

yoshitaka amano cover

Yoshitaka Amano, au-delà de la fantasy

Auteur : Florent Gorges

Genre : Biographie

Éditeur : Editions Pix’n’Love

Nombre de pages : 320

Prix : 39,90 € (édition simple) 69,90 € ( édition avec artbook et documentaire sur l’artiste en DVD ) 99, 90 € (édition « Fantasy », épuisée). 

La Mort a pris Terry Pratchett comme il est venu

La nouvelle est tombée  hier en fin d’après-midi. L’auteur britannique Terry Pratchett est mort à l’age de 66 ans.  Il était atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer . De plus, il a été anobli par la reine.  Il laisse derrière lui une oeuvre foisonnante et complexe, dont la plus grande est sans conteste la série Les Annales du Disque -monde, oeuvre de fantasy complètement barrée, avec sa galerie de personnages déjantés, ses références et parodies  évidentes et bien  assimilés dans ses histoires. On notera aussi que le traducteur français, Patrick Couton, a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire  en 1998 pour son travail. Les Annales du Disque-Monde comportent 35 livres dans la série canonique et 5 romans. 

Qu’est-ce que le Disque-monde ? Eh bien, comme son nom l’indique, c’est un monde plat,en forme de disque, dont la capitale est Ankh-Morpork. Ce monde repose sur le dos de quatre éléphants  eux même juchés  sur la carapace d’une tortue géante qui voyage à l’infini dans l’espace. 

L’univers du Disque-monde s’est même retrouvé décliné en jeux vidéo, avec Discworld, Discworld II : mortellement vôtre!  et Discworld Noir, entre 1995 et 1999.

Outre son oeuvre principale, Pratchett  écrivait également des romans pour enfants, et a notamment collaboré avec Neil Gaiman pour écrire le roman De bons présages.  Ses œuvres se sont vendus à plus de 85 millions d’exemplaires à travers le monde. 

Malheureusement, même les gaffes de Rincevent, désormais orphelin, ne peuvent rien contre la maladie.  R.I.P. à un auteur qui a su prendre la vie comme elle vient… et sans doute la mort également.

 

tortue disque monde

[Critique beau livre] Geek Art, une anthologie

 

En 2014, le Geek n’a plus cette image péjorative qu’il avait 40 ans auparavant. Ce terme, signifiant à l’origine « ringard » en anglais, a vu son champ sémantique dériver. Maintenant il désigne quelqu’un de passionné dans un domaine, et plus particulièrement quand il s’agit de jeux vidéo, de cinéma ou de pop-culture en général, mais pas seulement.

Même si certains médias y voient encore et toujours à travers ce terme une occasion d’ostraciser toute une partie de la culture pourtant bien présente, (pas d’ noms, pas d’ polémique), et que d’autres y ont vu un marché potentiel facile («  le geek, c’est chic ». Oui bien sur, et ma main avec force sur ta joue???), d’autres, grâce à d’excellents reportages, ont redonné la place qui lui revient aujourd’hui dans la société , et il était légitime de savoir comment des artistes actuels intégraient cette culture à leurs œuvres. La réponse à cette question se trouve en partie dans Geek art, une anthologie, dont je m’en vais vous décrire du mieux que je peux dans les lignes qui suivent.

C’est dur de rendre compte d’un tel ouvrage. Il est tellement particulier que le classer dans un genre donné n’est pas simple non plus. Toujours est-il que Geek Art, une anthologie, est un livre où il y a un peu à lire, mais beaucoup à voir. Thomas Olivri a rencontré des illustrateurs, artistes et photographes et designers contemporains de toutes nationalités qui ont su intégrer la culture geek à leurs œuvres, que ce soit cinéma, comics ou jeux vidéo. Tous ont grandi avec cette culture. De Star Wars à Mario, en passant par The Big Lebowski et les X-men, tous ont empreint leurs œuvres de cet héritage. Certains sont hétéroclites et incluent plusieurs items, d’autres préfèrent se focaliser sur un seul et les intègrent à leurs œuvres.

Sur plus de 400 pages, vous pourrez contempler près de 1000 œuvres  issues de 95 artistes différents, arrivant par ordre alphabétique du nom de famille.

Bien entendu, vous avez aussi droit à une courte biographie, mais également à une citation représentative de leur rapport au geek-art.

Les fans de Star Wars (saga bien représentée dans l’ouvrage) seront ravis de voir au début une interview de Steve Sansweet, un homme ayant fait le lien pendant des années entre la communauté de fans de la saga et LucasFilm.

Quoi qu’il en soit, on se prend à contempler les œuvres,et bien entendu comme il s’ agit d’art, il se peut que vous ayez plus ou moins d’affinités avec certaines, mais vous devriez trouver votre bonheur.

La présentation et la maquette assez sobre de l’ouvrage permettent également de donner plus de relief aux œuvres présentées. Certains détournements sauront vous surprendre.

Au final que sont ces œuvres ? Celles d’artistes ayant compris l’essence de leur époque. C’est une certaine conception de la modernité, mais dans ce livre, c’est très bien fait et intégré. Je vais laisser Steve Sansweet conclure le tout en une phrase : «  Le Geek-Art est l’expression visuelle du fandom, c’est un art issu du peuple ».

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Geek Art, une anthologie

Auteur : Thomas Olivri

Éditeur: Huginn and Muninn

Nombre de pages : 415

Prix :39,95 €

Julius

 

 

[critique livre madeleine de Proust] Nos meilleurs souvenirs de jeux vidéo 8/16 bits

Après avoir écrit un livre sur la chaîne Nolife à l’occasion de ses 5 ans ( voir article dans cette même rubrique), Florent Gorges s’est attaqué à un autre sujet, mais tournant toujours autour de la culture Geek : il a décidé de recueillir les souvenirs des joueurs ayant connu la période 8/16 bits en jeux vidéo. Pour cela, il fallait aller sur le site d’Omaké Books et remplir un petit formulaire pas méchant et mettre son souvenir. La sélection s’est faite par ordre alphabétique en fonction du nom des jeux. Vous croiserez des anecdotes souvent drôles, parfois cruelles, mais qui sont toutes l’œuvre de gens comme vous et moi, bref, des joueurs, nous qui faisons vivre l’industrie. Et ce non seulement sur les incontournables de la période ( évidemment, car ils étaient en général vendus avec les consoles),on en trouve également sur des jeux moins connus. Une bonne chose, qui permet d’enrichir sa culture vidéoludique.

Le livre est en petit format. La maquette est à la fois bonne et lisible. Il y a un fond d’écran tiré d’un jeu de la période, qui change à chaque double page, les textes sont sur fond blanc semi-transparent, et dans la partie inférieure, nous trouvons les captures d’écran des jeux cités. Ce qui donne un ouvrage coloré, touffu, mais qui reste propre. Il ne faut pas manquer non plus la préface signée par le respectable et respecté AHL, ainsi que les trois fausses jaquettes de jeux, particulièrement drôles  et bien faites ( un prix pour celle concernant les jeux d’ordinateur sur cassette, c’était tellement vrai).

Inutile de dire que si vous avez vécu cette période en tant que joueur, vous vous retrouverez aisément dans cet ouvrage tant certaines anecdotes ressemblent à ce que nous pouvons également avoir vécu ( oh, la mémé qui se trompe de titre!). N’importe quel adepte du rétrogaming devrait posséder cet ouvrage d’autant que si il rencontre le succès en vente, il se pourrait qu’il y ait une suite, cette fois ci élargie à toutes les consoles, histoire de n’exclure personne. Le formulaire pour raconter une anecdote est toujours disponible sur le site d’Omaké Books, donc n’hésitez pas à faire partie des contributeurs, c’est gratuit et il serait dommage que cela s’arrête ici.

 

Je tiens à remercier particulièrement Florent Gorges pour sa disponibilité et sa gentillesse.

 Julius

Nos meilleurs souvenirs de jeux vidéo 8/16 bits

Auteur : Florent Gorges

Editeur : Omaké Books

140 pages environ

prix : 20 €

 souvenirs JV

 

 

[Critique livre ] Les chroniques de Player One

Player One fait pour moi partie, avec Consoles+ et Joypad,  des trois grands magazines historiques de la presse généraliste en jeux vidéo. Créé un an avant ses deux confrères , ce magazine a traversé les années 90 de septembre 1990 à janvier 2000 en 104 numéros. Mais résumer cette époque à un seul magazine  ne mènerait à rien.  Car ceux qui l’ont fait,  ce sont avant tout des hommes, voulant généraliser et populariser les jeux sur consoles.  Ce magazine a  également vécu une époque charnière de la pop culture. C’était l’époque où le Club Dorothée, sur TF1 et La Cinq (jusqu’au 12 avril 1992, date de sa « mort ») abreuvaient les gens de dessins animés  venus du Japon. Les enfants pouvaient se faire des journées entières (ou quasiment)de vacances  à regarder les dessins animés ( qu’ils soient japonais ou non)rien qu’en zappant sur les 5 chaines disponibles.  C’était aussi l’époque où  les magazines de jeux vidéo  avaient toute leur place sur les chaines. Je pense notamment à Micro Kids  sur France 3 le dimanche matin ( et qui, pour moi, s’est arrêtée en juin 1995), et Télévisator 2 les mercredis matins sur France 2 entre 1993 et 1994.

C’était aussi  une époque où les polémiques faisaient rage, notamment concernant la violence de certains jeux vidéo et mangas/animes , avec Ken le Survivant qui cristallisa les passions :  réquisitoires sanglants de Télérama et de Ségolène Royal, ça allait mal pour l’animation japonaise, qualifiée injustement de  » japoniaiseries » et les gens qui osaient dire qu’ils aimaient ça étaient mal vus. Pour les jeux vidéo ce fut pire encore, car ils étaient accusés de rendre les gens épileptiques. Depuis, sur les notices européennes de n’importe quel jeu, nous avons droit  à un avertissement sur la santé et l’épilepsie. C’était aussi l’époque des premières classifications de jeux.

Les émissions de jeux n’étaient pas non plus bien vues par les états-majors des différentes chaines, et Télévisator 2, émission devenue culte pour toute une génération,  a disparu en 1994  à cause de la décision inique de la nouvelle  direction de France 2 de l’époque.  Le livre précise bien, avec le témoignage de Patrice Drevet ( qui la produisait) que la psychologue déléguée aux programmes jeunesse, fraîchement arrivée  avec Elkabbach n’aimait pas le mélange  dessins animés/jeux vidéo.  Ce qui, avec le recul a été très con, car c’était la seule émission jeunesse de France 2  capable de venir chatouiller  l’indétrônable ( à l’époque) Club Dorothée.  Et justement qui présentait cette émission  ? Cyril Drevet. Outre qu’il soit le fils de Patrice cité plus haut,  c’était également lui qui officiait dans Player One sous le nom de Crevette. Plusieurs membres de Player One  faisaient vivre cette émission, dont Patrick Giordano, alias  Matt Le Fou, qui faisait les voix et signait avec son groupe le générique , un remix rock du thème de présentation de Street Fighter II.

Il faut bien comprendre qu’à l’époque, écrire dans la presse jeux vidéo ne rapportait pratiquement rien, la plupart des  plumes présentes étant des « pigistes »  payés à la  » pige », c’est à dire  au nombre de pages ou de signes.  Le monde de la presse n’étant pas une mer calme, l’ouvrage témoigne aussi des âpres batailles pour des appels d’offres  pour tenter de décrocher un magazine  » officiel »  des constructeurs… Tout était loin d’être simple. Surtout qu’au moment de sa création, Internet n’était pas encore dans les foyers et les seules sources d’info sur les jeux vidéo étaient les magazines mensuels, dont Player One faisait partie. 

Et lire Les chroniques de Player One, c’est se replonger dans ces années là, mais pas seulement. Il montre aussi comment les différents membres ont pu rebondir après la mort du magazine. Une époque ou Future n’avait pas encore tout racheté.  Player One en est le témoin ou du moins l’un d’entre eux . Les intervenants racontent comment ils l’ont vécu, eux, de l’intérieur, avec  aussi l’intervention des représentants des éditeurs de l’époque, notamment  Luc Bourcier alors chez Sega France . Parce que nous,  en fin de compte,nous n’étions que les acheteurs du produit fini…   C’est enrichissant, notamment de voir comment naît une marque dans le domaine, et comment elle fait pour tenter de se développer.  Mais il y a aussi la seconde épopée, celle du développement  des mangas/anime  et surtout, de la télévision  » alternative », comprenez par là  les quelques  chaines du câble /satellite de l’époque, qui deviendront un refuge salvateur.  Le tout se croise, formant un tissu  dense, et vraiment intéressant. 

Puisqu’on est dans le sujet, j’en profite pour signaler que les éditions Pix’n’Love viennent de sortir un coffret  consacré à l’immensément  respectable et respecté AHL.  Lui aussi a vécu cette période… 

Julius 

Les Chroniques de Player One

Auteurs : Alain Kahn et Olivier Richard

Éditeur : Pika édition

300 pages environ

Prix : 19 €

chroniques de palyer One