[Retrogaming] Fortress of Fear, ou l’aventure du chevalier plombé

Si on connaît le développeur britannique RareWare pour ses jeux de grande qualité sur consoles Nintendo lors de la deuxième moitié des années 90, il y a un jeu dont il ne s’est jamais vanté: il s’agit de Warriors & Wizards X: Fortress of Fear, sur Game Boy, sorti en 1990 et édité par Acclaim. Je vais dire qu’il fallait bien se faire les dents avant de pondre des hits quelques années plus tard… Et nous verrons que les souvenirs, il vaut mieux que ça reste des souvenirs, parfois…

Gros lourdaud au secours de la princesse

La saga des Wizards & Warriors avait déjà connu deux épisodes sur NES. On ne sait pas pourquoi on passe directement au dixième sur GB, les sept autres jeux n’ayant jamais vu le jour lors de sa sortie, mais bon, on fera avec… Un Wizard & Warriors III finira cependant par sortir sur NES en 1992.

Dans Fortress of Fear, vous incarnez le chevalier Kuros qui doit entrer dans la forteresse du sorcier Malkil, qui a enlevé la princesse du royaume.

Et quand je dis « chevalier » , c’est vraiment le chevalier avec son armure et même son heaume. Le jeu est décomposé en 5 grands niveaux eux-mêmes divisés en plusieurs sous-niveaux et qui se concluent avec une bataille face à un boss, Malkil étant bien entendu le dernier.

Kuros se bat avec son épée,qui ne sera pas de trop pour affronter les diverses créatures qu’on trouve dans le château: piranhas, serpents gants, chauves-souris, squelettes, dragons… bref, tout ce qu’il faut pour faire une ambiance médiévale… Sur sa route, notre preux chevalier trouvera divers bonus comme des gemmes qui donnent des points supplémentaires, et une vie au bout de dix récoltées, des bottes qui permettent de sauter plus loin, des clés pour pouvoir progresser, un item qui remet de la santé et parfois, des vies. Chaque coffre que vous trouvez interrompt l’action pour vous mettre un message en vieil anglais vous indiquant ce que vous avez trouvé. Imaginez la tête du gosse en CM2 ou sixième qui débute en anglais, vient tout juste d’apprendre les auxiliaires au présent, dont « You have » et se retrouve avec la forme « thou hast ». Quant à moi je pigeais rien à l’anglais vu que j’ai fait allemand LV1…

J’avais découvert ce soft lorsque j’avais une dizaine d’années ( j’en ai quarante actuellement, faites le calcul…), et je me dis que les souvenirs, c’est souvent trompeur, notamment en matière de jeux vidéo. Et lorsque le jeu était vanté dans le catalogue Nintendo, il était marqué «18 niveaux de terreur ». On comprend pourquoi… Et aussi parce que la mémoire humaine a tendance à enjoliver les souvenirs. Mais le «c’était mieux avant » ne s’applique pas forcément en jeux vidéo, et tout particulièrement pour le soft qui fait l’objet de cette critique.

Parce que ne vous leurrez pas, Fortress of Fear n’est pas un bon jeu. Et il fait même pâle figure face aux mêmes jeux du genre, à commencer par Super Mario Land pourtant sorti un an avant.

Le Moyen-Age du jeu vidéo dans toute sa splendeur

Puisqu’on parle de période médiévale, j’aurais plutôt tendance à dire que c’est le soft lui même qui est moyenâgeux. Pour un jeu de 1990, les graphismes sont assez inégaux. Certains décors sont corrects et certains sprites assez grands, tandis que d’autres seront franchement moches et dépouillés. Mais au moins le jeu reste assez lisible. Malheureusement, j’ai constaté un problème de proportions : Kuros semble presque trop grand par rapport à l’échelle globale du jeu.

Niveau sonore, c’est la cacophonie plus qu’autre chose. Certaines musiques, comme celles de l’écran-titre ou des boss sont plutôt bonnes, mais pour d’autres, on dirait de la harpe celtique mal accordée avec du cor anglais crasseux. Et qu’on me dise pas qu’il s’agit d’un jeu Game Boy de 1990, hein. Parce que la encore Super Mario Land exploite les capacités du support à merveille, Balloon Kid aussi, d’ailleurs, pour reprendre des jeux du même genre et de la même période de sortie. Sur ce point, le soft n’a pas franchement d’excuse. Ajoutez à ça des bruitages qui font dans le n’importe quoi ( le bruit quand on élimine les ennemis est atroce), et vous aurez vite fait de couper le son. Ou pas, je vais y revenir .

Un jeu où même les sauts sont un enfer

Vous allez me dire que le titre se rattrape sans doute sur sa jouabilité… même pas. Kuros est ultra lourd à diriger, et pire encore la hauteur des sauts est à prendre en compte, si jamais on chute de trop haut, on perd de l’énergie, voire des vies. Et c’est pareil si vous ne jugez pas correctement la distance. Avec les deux boutons d’actions de la portable de Nintendo je vous laisse imaginer le massacre. D’autant plus que vous devrez parfois faire des sauts de l’ange sur des plates-formes se trouvant parfois en dehors de l’écran. Je n’en reviens pas, j’ai là un soft qui trouve le moyen de rater ce qu’il y a de plus essentiel dans un jeu de plates-formes ! Ajoutez à cela une détection des collisions trop imprécise, et vous avez un jeu qui s’avère frustrant à jouer ou alors les gamins ont une dose de patience que n’ont plus les adultes. Sans compter que la perte d’une vie vous fera perdre tous les avantages que vous aviez alors: clés, armures et bottes renforcées s’envoleront. L’unique bon point dans tout cela, c’est que vous reprenez immédiatement à l’endroit où vous avez perdu la vie. L’inconvénient, c’est que si vous êtes dans une zone infestée d’ennemis, vous subirez immédiatement des dégâts vu qu’il n’existe aucune frame d’invincibilité vous permettant de vous enfuir. La plupart des ennemis, dont certains n’hésiteront pas à passer au travers de votre sprite comme si rien ne les arrêtait soit dit en passant, nécessitent plusieurs coups pour être vaincus et là non plus, il n’y a pas d’indications vous permettant de savoir si vous les touchez ou non. Donc le jeu vous oblige à jouer avec le son, car seuls les bruitages vous guideront. Imaginez face aux boss, vous aurez les tympans vrillés avant même d’avoir atteint la fin du jeu… si vous y arrivez. Les niveaux ne sont pas chronométrés et d’un côté on comprend pourquoi une fois qu’on y a joué.

Le level design est de plus on ne peut plus linéaire, certains sous-niveaux sont des lignes droites, et parfois deux ou trois sauts sur des plates-formes et hop, next. Plus paresseux, tu ne pouvais pas faire.

Knightmare

On le voit, le jeu n’est pas facile, les chutes seront nombreuses et ce sont surtout elles qui vous causeront la perte de nombreuses vies. Mais le plus frustrant dans tout cela, c’est que Rare n’a même pas songé à inclure des Continues ou un système de mots de passe, ce qui était pourtant assez commun à l’époque. Une fois toutes vos vies épuisées, les One-Up supplémentaires existent, mais sont assez rares, c’est le Game Over. Même si vous étiez au dernier boss, vous devrez tout refaire depuis le début. Le jeu vous offrira juste le « privilège » d’inscrire votre nom (en 3 lettres) sur le parchemin d’honneur, si vous faites un bon score, mais ce dernier ne sera pas conservé si vous éteignez la portable. Remarquez, lorsqu’on termine le jeu… On a juste droit à un simple écran disant «Bravo, vous avez délivré la princesse, merci et à la revoyure ! » bon j’exagère un peu mais en gros c’est ça. Et il n’y a même pas de staff roll. Mais entre nous, qui voudrait se retaper ce jeu à la difficulté aberrante?

En fait le titre nous ment dès le départ, parce qu’on voit sur la jaquette un gars baraqué ressemblant à Conan le Barbare et finalement, on se retrouve avec un pauvre type pataud dans une armure trop grande pour lui… C’est pas bien de mentir aux enfants !

Mais vous me direz qu’en trois décennies, le temps a passé et que le jeu a pu être jugé bon pour l’époque… On va dire que c’était les débuts de Rare. Malheureusement, Fortress of Fear a du mal à tenir la comparaison avec Mario Land, Balloon Kid, ou encore Gargoyle’s Quest sortis à peu près au même moment sur la portable monochrome, bénéficiant tous d’une réalisation beaucoup plus soignée. Et surtout, ces jeux bénéficient aussi d’une difficulté plus équilibrée, et de bonus permettant une expérience de jeu moins frustrante.

Après avoir fait le bonheur des possesseurs de consoles Nintendo, dans la deuxième moitié des années 90, avec notamment Donkey Kong Country, GoldenEye 007 ou Banjo & Kazooie, Rare appartient à Microsoft depuis 2003.

Conclusion 

L’enfance et la mémoire sont parfois de faux-amis, et c’est souvent vrai en matière de jeux vidéo. Si certains demeurent des classiques, notre absence de regard adulte nous fait aimer des jeux qui se révèlent au final assez moyens, voire mauvais. Fortress of Fear est le symptôme de ce cela. Entre une réalisation très moyenne même pour son époque de sortie, une jouabilité lourde et une difficulté souvent atroce, je comprends mieux pourquoi quasiment tout le monde l’a oublié, à commencer par Rare eux-mêmes… Parce que oui, pour avoir dû y rejouer pour écrire cette petite critique rétro, Fortress of Fear, c’était mieux dans mes souvenirs.

Nom : Wizards & Warriors X: the Fortress of Fear

Console : Game Boy

Année de sortie : 1990

Genre : jeu moyenâgeux (si ce n’est pire)

Développeur : RareWare

Éditeur : Acclaim

Cote rétro : bon marché (5-10 €), mais franchement investissez cette somme dans d’autres jeux du genre sur la même machine.

À propos de Julius

Gamer aimant les jeux actuels et rétro, aimant aussi le cinéma les chats, la photo. J'écris aussi. Pour moi, ici, et aussi ailleurs.

Publié le 23/01/2022, dans Carte mémoire, Daubes, Jeux vidéo, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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