[Critique rétro] Parasite Eve, le survival-horror selon Squaresoft

Ça me fait mal de le dire, mais les gros éditeurs prenaient des risques à la fin des années 90, quitte à se planter. Au moins, ils auront essayé. C’était le cas de Squaresoft, qui avec l’arrivée de Sony sur le marché des consoles a pu ainsi expérimenter différents types de jeux. Certes, la firme reste spécialisée dans le RPG mais cela ne l’empêchera pas de sortir des jeux dans le domaine de la baston comme Tobal No1 et 2, Ergheiz (ahaha) ou la course avec Chocobo Racing. Et encore j’en cite bien peu. Et voilà qu’en 1998, Square nous pond un jeu hybride, entre RPG et horreur, du nom de Parasite Eve. Une prise de risque qui s’avérera payante vu que l’éditeur en sortira deux suites, même si chez nous, en Europe, nous n’avons jamais eu le droit au premier jeu en version officielle. Mais ça ne m’empêchera pas de revenir sur ce « RPG cinématique » comme la jaquette du jeu le décrit si bien. Parce que c’est quoi Parasite Eve, en fait ?

Ca annonce la couleur…

C’est l’histoire de la mite aux condries…

C’est ce qui s’appelle brûler les planches. Littéralement.

Eh bien, Parasite Eve est à la base un roman écrit en 1995 par Hideaki Sena. L’histoire parle de mutations cellulaires, de mitochondries, d’êtres génétiquement modifiés et d’expériences scientifiques assez horribles. Il n’existe pas, à ma connaissance, de traduction de l’ouvrage en français, mais le livre est sorti en version anglophone. Il en existe même un film mais il n’est pas très bon d’après les retours que j’ai eus.

Et donc, Squaresoft décide de faire, à partir de cette base, un jeu vidéo. Nous sommes donc le 24 décembre 1997 à New York, et la jeune agent de police du NYPD Aya Brea va assister à un opéra à Carnegie Hall. Mais la pièce tourne au drame lorsque la cantatrice, Melissa Pearce, met littéralement le feu à la scène. Aya voit ainsi les acteurs, mais aussi les spectateurs prendre feu. Seule survivante du carnage, elle tente d’arrêter la jeune femme, qui se fait désormais appeler Eve. Cette dernière s’enfuit. Aya tente de la suivre dans les loges et les égouts, mais ne trouve sur son chemin que des personnes carbonisées ou des créatures mutantes. Eve lui révèle cependant qu’elles se connaissent, et que ses mitochondries vont bientôt s’éveiller.

C’est ainsi que démarre une semaine de poursuites à travers Manhattan pour empêcher le pire de se produire, avec un monstre mutant en liberté.

Et si le roman se passait au Japon, Square déplace l’action en Amérique du Nord. On apprend assez rapidement que le jeu se présente comme une suite au roman, notamment avec l’arrivée du scientifique japonais Kunihiko Maeda, qui a vécu pareille situation sur l’Archipel.

Mais dis moi Jamy, euh Julius, qu’est-ce qu’une mitochondrie ? Eh bien, c’est l’organisme qui fournit l’énergie aux cellules des êtres vivants quels qu’ils soient, pour faire très simple.

Et dans Parasite Eve, ces mitochondries deviennent folles et se mettent à attaquer les cellules, transformant les gens et animaux en monstres, ou les brûle dans des combustions spontanées.

Seule Aya semble immunisée à ce phénomène. La raison de sa résistance à cela est aussi une des intrigues du soft.

Eve lève-toi

Un combat de boss sur un carrosse. Original.

Parasite Eve se divise en 6 chapitres qui sont autant de jours, à savoir Resonance, Fusion, Selection, Conception, Liberation et Evolution. Tous ces noms, sauf celui du premier chapitre, font allusion à la division cellulaire et à la naissance d’un être vivant, ça annonce la couleur… Le jeu, bien qu’assez court, tient sur 2 CD. Square ayant toujours la folie des grandeurs, le développeur n’a pas manqué de mettre de jolies cinématiques pour l’époque pour illustrer l’histoire. C’est un RPG « cinématique », je le rappelle…

Vous incarnez uniquement Aya, qui évolue dans des lieux que vous choisissez sur la carte de Manhattan, avec ses endroits emblématiques. La jeune policière pourra toutefois compter sur ses collègues policiers, notamment son coéquipier Daniel Dollis, qui ressemble beaucoup à Danny Glover dans l’Arme Fatale, soit dit en passant. Elle pourra aussi compter sur Maeda, venu tout droit du Japon pour des raisons évoquées plus haut.

Vous évoluerez dans différent lieux réalistes comme un musée, Chinatown ou un hôpital, mais ces lieux sont très mal fréquentés. En effet, si les combats aléatoires sont moins fréquents que dans d’autres jeux du genre, vous en ferez tout de même, avec plein de créatures mutantes comme des serpents, des araignées géantes, des rats mutants et bien entendu des boss assez impressionnants à la fin d’un donjon ou d’une intrigue. Lorsqu’un combat se déclenche, vous pouvez vous déplacer dans l’aire de jeu. En effet, vos armes ont une certaine portée, représentée par une demi-sphère verte et il faudra bien se placer pour pouvoir toucher l’ennemi. Si ce dernier a plusieurs cibles, vous pouvez choisir laquelle viser en premier. Les ennemis disposent souvent d’attaques à distance comme des bras-boomerang, des tentacules ou des projectiles, qui peuvent aussi vous empoisonner ou vous infliger une anomalie de statut. Cependant, leur taille sur l’écran peut limiter vos déplacements dans l’aire de jeu. Bien entendu, la distance joue également un rôle sur les dégâts causés et subis. Le système est géré par l’ATB, l’Active Time Battle, représenté par la jauge bleue au dessus des HP de notre héroïne. La barre verte en dessous représente la Parasite Energy, qui permet d’utiliser des pouvoirs spéciaux. Si certains sont de puissantes attaques, la plupart d’entre eux sont défensifs ou servent à guérir. Elle se reconstitue petit à petit au cours des combats. Attention toutefois, car les magies les plus puissantes, obtenues évidemment vers la fin de l’aventure, consommeront toute votre barre de PE et pire encore, Aya se retrouvera étourdie pendant quelques instants. Imaginez si un boss lance une attaque et que vous en puissiez rien faire ou n’avez pas assez de PE pour vous guérir…

Les dinosaures du musée ne seront pas aussi gentils que Denver.

Aya utilise généralement les armes à feu de diverses sortes (pistolets, pistolets automatiques, fusils, lance-grenades) mais elle peut en cas de besoin utiliser sa matraque au corps à corps. Aucune inquiétude à avoir néanmoins : les munitions sont tellement nombreuses qu’il faudrait vraiment le vouloir pour tomber à court malgré le fait qu’elles soient comptées. Et en bonne flic qu’elle est, elle utilisera des gilets pare-balles pour sa protection.

Ton crafting a grandi

L’aspect survival-horror de Parasite Eve repose aussi sur un inventaire limité. Vous ne pourrez pas stocker les objets dans un sac sans fond et la gestion est primordiale. Vous pourrez augmenter les emplacements en utilisant les points bonus accordés à chaque changement de niveau, par exemple. Seules les munitions n’obéissent pas à cette règle.

Mais vous pouvez aussi combiner votre équipement. Par exemple, vous pourrez mélanger deux armes l’une avec l’autre. Il vous faut des outils, représentés par une clé à molette, ou une autorisation pour le faire auprès de votre collègue à l’armurerie du commissariat. Le truc c’est que les subtilités du système ne sont pas expliquées, alors je vais m’attarder un peu dessus. Pour améliorer les armes ou armures en dehors du commissariat, sélectionnez l’avant-dernière option du menu principal. Mais je recommande d’être près d’un téléphone, qui sert à sauvegarder, pour relancer le jeu en cas d’erreur. D’une manière générale, la fusion d’équipement entraînera la perte d’un des deux objets. Et je conseille de sélectionner en premier l’objet le moins puissant, pour transférer les compétences de celui-ci au plus puissant. Le truc c’est qu’on ne connaît le résultat qu’une fois la manœuvre effectuée, il est impossible de voir ce que cela peut donner avant et revenir sur nos pas une fois la manip terminée.

Faire cela permet généralement d’avoir des équipements plus puissants (un lance-grenades avec une attaque de ouf ça ne se refuse pas par exemple) mais permet aussi de libérer de la place dans l’inventaire.

De l’énergie à revendre

In New Yooork… Pardon.

Techniquement, Parasite Eve est très réussi. Pour un jeu datant de 1998, les graphismes sont très jolis, et New York est représentée de façon réaliste, tout comme les humains. Les ennemis sont de belle taille, et je ne parle même pas de certains boss, absolument énormes. Square n’a pas manqué d’agrémenter les points clés de l’histoire avec de jolies cinématiques bien mises en scène. Reste que le jeu trahit quand même son âge avec des textures parfois assez floues qui passent moins bien qu’avant. Mais l’aspect « horreur » se voit assez souvent, notamment lors des mutations d’ennemis, ou même lorsqu’on voit dès les premières secondes de l’intro la Statue de la Liberté pleurer des larmes de sang… Et comment ne pas oublier sur un accord de piano assez lugubre, la phrase de l’intro qui annonce la couleur : The worst foe lies within the self ( « le pire ennemi réside en nous-mêmes ») ?

Par ailleurs, l’ambiance horrifique du jeu est bien restituée par les musiques faites par Yoko Shimomura qui a cette fois utilisé des synthétiseurs pour créer diverses ambiances. Des morceaux assez organiques, donc, mais qui passent assez bien, et qui parfois font preuve de créativité étonnante. Par exemple, dans Urban Noise, le thème de la carte de Manhattan, on entend des sonorités évoquant les touches d’un téléphone. La compositrice sait aussi bien restituer les moments glauques. Entre ça, et les morceaux dignes de l’opéra avec des échantillons de voix, la variété est de mise.

Les bruitages sont assez nombreux, mais comme dans de nombreux jeux de l’époque, il n’y a malheureusement pas de voix à part les cris d’Aya lorsqu’elle se fait toucher.

L’animation est bonne, il n’y a pas de ralentissements que ce soit dans les déplacements ou les combats, qui se déroulent exactement dans la même aire de jeu. On regrettera juste une Aya un poil lente tout de même.

La jouabilité est très bonne elle aussi. On se fait vite aux déplacements de notre policière et le système de combat devient vite instinctif. Le menu de jeu est assez clair et intuitif également.

Court mais dense. Mais court…

En réalité, Parasite Eve n’a qu’un seul point faible : sa durée de vie. En effet, bien que tenant sur 2 CD, vous plierez le jeu en 10 à 12 heures lors de votre premier run. La faute sans doute à une structure trop linéaire, où l’on avance dans des lieux en récoltant les divers objets et où il n’y a quasiment jamais d’entrave importante à notre progression. Et même si le deuxième disque vous donnera un peu plus de fil à retordre, notamment avec des boss très résistants et disposant d’attaques ravageuses, le titre ne compte pas parmi les plus difficiles de la machine. Sauf que, pour avoir la vérité sur la relation qui unit Aya et Melissa/Eve, vous devrez reprendre la partie en mode EX, qui vous permet de conserver certains paramètres et ajoute un donjon supplémentaire le Chrysler Building. Vous aurez ainsi 77 étages à gravir avec des boss et des sauvegardes tous les 10 étages. Le véritable défi du jeu se trouve dans cet immeuble, tout comme le véritable dénouement, en réalité, et vous allez cette fois-ci vraiment en baver pour arriver jusqu’à Eve. Mais Parasite Eve a un autre atout pour lui : son rythme. Le jeu a le mérite d’être intense, les vrais temps morts sont assez rares, et l’histoire est bien rythmée et alterne avec les phases de donjon.

En Europe, le jeu ne sortira jamais de façon officielle. Mais nous aurons droit à sa suite, Parasite Eve 2, qui marche encore plus sur les traces de Resident Evil et de Dino Crisis de Capcom, avec des textes traduits, mais qui laisse un peu de coté la partie RPG du titre. Puis nous aurons droit à The Third Birthday su PSP, un épisode tellement spécial qu’il a divisé aussi bien que les joueurs que la critique.

Conclusion : Un excellent mélange des genres

Parasite Eve est un excellent titre, qui aurait vraiment mérité une sortie européenne officielle. Le mix RPG/Horreur prend plutôt bien. Son ambiance horrifique dans les rues de New York, son héroïne et les questions qu’il pose sur la science sans conscience en font un jeu qui aurait mérité un plus large public. Ajoutez à cela un système de combat bien trouvé et dynamique, une réalisation globalement excellente, ce jeu reste une perle de la PlayStation, même de nos jours.

Le Chrysler Building apparait seulement après avoir terminé le jeu une première fois.

Points Positifs :

L’héroïne du jeu

Une suite au roman

Le scénario

Une belle réalisation

Les musiques de Yoko Shimomura

Points Négatifs :

Durée de vie assez courte malgré tout

Pas de voix digitalisées

Certaines textures graphiques ont mal vieilli tout de même

En Europe, on l’attend toujours…

À propos de Julius

Gamer aimant les jeux actuels et rétro, aimant aussi le cinéma les chats, la photo. J'écris aussi. Pour moi, ici, et aussi ailleurs.

Publié le 20/12/2021, dans Carte mémoire, Level Up !, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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