[Critique RPG] Octopath Traveler

Square Enix semble regarder avec nostalgie la grande époque qui a fait sa gloire.C’est vrai, on qualifie « d’âge d’or dur RPG Japonais » la période 16/32 bits. Une période faste pour Squaresoft et son concurrent, Enix, avant leur fusion, qui nous ont sorti des hits et des RPG innovants à la pelle, le tout assorti d’une technique au top. Parmi ceux qu’on retiendra, on citera notamment Final Fantasy VI, considéré comme l’apogée de la saga et représentant iconique du genre, Chrono Cross, Secret of Mana, Valkyrie Profile et j’en oublie. Mais près de 20 ans après la fin de cette époque bénie, peut-on vraiment vouloir refaire le passé ? Après nous avoir présenté une tentative ratée de « revival » avec Lost Sphear, jeu totalement anecdotique à tous les niveaux, voilà qu’ils retentent le coup avec Octopath Traveler, cette fois-ci sorti uniquement sur Switch et PC, développé par l’équipe à l’origine des Bravely Default. Peut-il se hisser à la hauteur des plus grands ?

8 Personnages, 8 destinées

Octopath Traveler vous propose de suivre la destinées de 8 personnages qui sont pour moitié des hommes et pour moitié des femmes. Au moins, la parité est respectée. Le choix vous est laissé quant à choisir celui qui sera votre personnage principal, et chacun est situé dans une région différente. Ils auront tous un but bien précis à suivre, sur 4 chapitres. Si vous multipliez, le jeu comporte au total 32 chapitres. Mais rien en vous oblige cependant à recruter tout le monde. Leur classe est indiquée au début, certaines sont plus enclines à utiliser la magie tandis que d’autres se spécialiseront plus dans l’utilisation d’armes.

Nous avons donc huit histoires à suivre, et donc huit raisons de se lancer dans ce JRPG Cependant, toutes n’ont pas eu hélas la même finesse d’écriture. Si on appréciera celle de Primrose, la danseuse, plutôt bien écrite dans l’ensemble, celle de Tressa m’a par exemple semblé moins pertinente. Une écriture inégale donc, et c’est sans doute inhérent au nombre de personnages jouables, mais ce n’est hélas pas le seul problème de ce jeu.

Sens-tu l’odeur du bon vieux temps ?

Les combats sont aléatoires. Comme dans l’âge d’or du genre, vous ne voyez pas les ennemis et ils peuvent attaquer à tout moment. Une fois que le combat se déclenche, le jeu se présente sous forme d’un tour par tour, mais avec quelques petites subtilités. Chaque ennemi a un nombre inscrit à côté d’un bouclier. Tant qu’ils en ont au moins un, ils subiront peu de dégâts. Ce sera donc à votre équipe de trouver les faiblesses pour briser les défenses. Vos opposants seront sensibles à un ou plusieurs types d’armes ou de magie. Et si vous les touchez avec une de leurs faiblesses, cela leur fera perdre un bouclier de protection avec un coup critique. Une fois que leurs défenses tombent à zéro, vous ouvrez une « faille » et vos adversaires seront étourdis pour le tour suivant.

C’est à ce moment qu’il faudra utiliser l’autre spécificité du système, le mode « exaltation » de vos personnages. Un point d’exaltation, visible en dessous du nom de chaque perso, vous est offert à chaque tour. Et vous pouvez les cumuler, jusqu’à appuyer sur R pour l’activer, rendant la magie ou les coups jusqu’à 4 fois plus puissants. Autant dire que vous pourrez faire d’énormes dégâts. Les faiblesses découvertes restent affichées lors des rencontres suivantes.

Malheureusement, le système de combat comporte aussi pas mal de défauts : le premier est déjà qu’il suffit qu’un ennemi soit légèrement différent au niveau de sa couleur, ou comporte un numéro différent dans son nom, pour que ses points faibles changent du tout au tout.

Ensuite, les combats sont très longs. Une fois que vous aurez passé les premiers chapitres, les ennemis sont des sacs à PV. Et je ne parle même pas des boss qui sont des marathons, pouvant durer plus d’une heure, j’ai chronométré, ces derniers étant très coriaces, multipliant les techniques de fourbe à mesure que leur vie descend, mais surtout, n’hésitent pas à appeler des ennemis en renforts et ces derniers peuvent devenir des nuisances si vous ne concentrez pas vos efforts sur eux. Il faut aussi noter que les boss et certains ennemis peuvent vous ouvrir en deux coups si vous ne vous méfiez pas. Et même si vous vous protégez, ils feront tout de même de gros dégâts. En clair, si vous ne faites pas le plein d’objets pouvant vous régénérer les points de vie et les MP, d’autant que certains en ont très peu, vous êtes cuit, car ils vous auront à l’usure. Et si vous vous traînez un personnage un peu boulet ou inadapté aux ennemis de la région que vous traversez, le seul moyen de le changer est d’aller à la taverne en ville. Je veux bien qu’un RPG offre du challenge, mais là, c’est exagéré, la faute à une courbe de difficulté aberrante, nous allons voir cela dans le paragraphe suivant.

La courbe se raidit d’un coup

Les défauts du système de combat sont symptomatiques d’un RPG japonais qui a été hélas mal pensé au sujet de sa progression. Comme je l’ai dit, chaque personnage a un scénario qui s’étale sur quatre grands chapitres. Les premiers sont ultra-simples à passer, mais voilà, si vous êtes tentés de faire d’une traite l’histoire d’un personnage particulier, le jeu vous décourage tout de suite. Dès le deuxième chapitre, il faudra être niveau 20, et arriver au niveau 38 pour espérer passer le troisième ! Et quand bien même vous décidiez de constituer une équipe le temps d’arriver au niveau prérequis pour la suite de l’histoire du personnage que vous avez choisi, ce n’est en général pas suffisant, et le jeu n’aura aucune pitié à vous faire mordre la poussière. Et si un personnage a trop de retard, ce sera bien la galère pour le lui faire rattraper. En réalité, il vaut mieux être au moins trois niveaux au dessus de celui recommandé pour espérer s’en sortir sans trop de bobos et sans faire de très longues séances de levelling. Bref, au lieu d’être fluide et de s’adapter à la progression du joueur, imposer des niveaux minimums pour espérer s’en sortir est juste aberrant.

Autre défaut notoire : les donjons se ressemblent tous, et pas seulement au niveau des décors, c’est également le cas dans leur conception globale. A gauche, tout droit, à droite, copier/coller, on inverse… Bref, on a l’impression de faire tout le temps la même chose, d’autant que l’absence d’énigmes pour avancer fait que ces derniers se traverseraient en deux minutes s’il n’y avait pas les combats ni les boss pour tenter de vous barrer la route.

Techniquement irréprochable

La première chose qui m’a frappé dans Octopath Traveler, c’est les graphismes. Les premières images faisaient effectivement penser aux villages de Final Fantasy VI dont le souvenir est toujours pesant, notamment au sein de Square Enix, près d’un quart de siècle après sa sortie. Le jeu sentait bon le old-school avec ses héros pixelisés et je me disais qu’au moins le titre avait un certain cachet. Sur ce plan, le jeu ne ment pas : il a une identité propre, et n’est pas impersonnel comme l’était Lost Sphear sorti quelques mois avant lui. On notera aussi une utilisation judicieuse des effets de flous selon le plan, et la situation du personnage dans l’écran. Et puis, on finit par s’attacher à nos héros de pixels en 2D. On notera aussi de superbes artworks représentant les différents personnages. Il faut également signaler la variété des paysages traversés, c’est sur qu’on voit du pays avec ce jeu.

De plus, le titre bénéficie également de musiques superbes, là dessus, c’est sur, le titre ne trompe pas non plus son monde. Du thème principal joué sur un doux air de flûte, aux mélodies d’ambiance et de combat, le jeu a un très bon environnement sonore. Nous pouvons de plus choisir entre les voix en anglais ou en japonais pour les scènes doublées. Un conseil : mettez en japonais tant la langue de Shakespeare m’a parue inadaptée et très surjouée.

Niveau gameplay pur, le jeu ne pose aucun problème : les menus sont clairs, et vous aurez aussi la possibilité de faire des actions contextuelles en appuyant sur Y selon les personnages présents dans votre équipe lorsque vous approcherez un PNJ en ville. Avec Thérion, vous pourrez tenter de voler un de leurs objets, permettant de faire des économies notamment sur les objets de soin, ou encore Primrose pourra en séduire un pour avoir de l’aide en combat. H’aanit pourra quant à elle provoquer les personnages en duel, même si je n’en ai pas trop compris l’intérêt… Ce ne sont que quelques exemples.

Parle-moi ! J’ai dit Parle-moi !

On le voit, la technique n’est pas à remettre en cause dans Octopath Traveler. Pourtant, en faisant l’aventure, on s’aperçoit au fil du temps que quelque chose ne va pas et cela l’empêche d’atteindre les sommets du RPG japonais. Et ce quelque chose, c’est le manque d’interaction entre les personnages. C’est bien simple, ils ne se parlent presque jamais. Tout juste dans quelques saynètes qui sont un peu en marge de l’histoire principale, mais quel dommage que cela manque de liant ! Ou plutôt, la raison qui relie les huit personnages à cette aventure semble avoir été rajoutée à la hâte, avec un donjon « ultime » qui révélera pourquoi tous se sont retrouvés à voyager ensemble, mais c’est non seulement tiré par les cheveux, mais en plus, les conditions à réunir sont aberrantes : pour ouvrir ce donjon, il faudra non seulement avoir terminé toutes les histoires, mais aussi débloqué toutes les classes secondaires du jeu. Le donjon est un pur enfer. Se taper presque 70 heures de jeu normal déjà pas évident, et en plus ce truc, je me croyais revenu au temps du donjon ultime de Star Ocean 2 sur PlayStation. Remarquez, c’est peut-être un hommage, allez savoir…

Conclusion :

Nous sommes peut-être allés un peu vite en voyant Octopath Traveler comme un digne successeur, au moins spirituel, de jeux de l’âge d’or du RPG japonais des années 90. Le titre d’Acquire a malheureusement trop de problèmes structurels pour totalement convaincre Il reste néanmoins un titre sympathique, un jeu qu’on fera entre l’attente de deux gros du genre. Il se rattrape sur sa technique, impressionnante il est vrai et l’empêchant de tomber dans l’anonymat complet. Et certains personnages s’avèrent au final très attachants. Mais de là à le ranger parmi les plus grands du genre, il y a un pas que je m’abstiendrai de franchir. Dommage parce que c’était quand même bien tenté. On va dire qu’il était à « ça » d’y arriver. Reste à voir la taille du « ça », évidemment.

Points Positifs :

Joli

Belles musiques

Système de combat sympa sur le papier

Bonne durée de vie

Points négatifs :

Écriture inégale

Système de progression dans l’histoire absurde

Certains principes de jeu aberrants

Les donjons copiés/collés

Manque d’interactions entre les différents personnages

Jeu testé sur Switch sur une version achetée dans le commerce.

À propos de Julius

Gamer aimant les jeux actuels et rétro, aimant aussi le cinéma les chats, la photo. J'écris aussi. Pour moi, ici, et aussi ailleurs.

Publié le 18/09/2019, dans Jeux vidéo, Level Up !. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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