Enquête presque* exclusive : Jeux Vidéo Pratique : Que sont-ils devenus ?

Bonjour. Cette fois, je vous propose un article en full « journalisme total », une enquête inédite sur une étoile filante de la presse vidéoludique. En effet, il y a quelque mois de ça, j’avais descendu, à raison, un magazine du nom de Jeux Vidéo Pratique tellement rien n’allait dans ce canard. Mais, depuis le mois de juillet, plus rien. Ce trimestriel n’aura donc duré que deux numéros. Quelles en sont les raisons ? Que sont devenus ses rédacteurs ? Quelles conséquences cette perte aura t-elle comme répercussions sur la presse vidéoludique en général ? Nous vous disons tout. Cet article n’a pas été parrainé par Bernard de la Villardière.

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Pour le début de cette enquête, j’ai feuilleté de nouveau le magazine, notamment le deuxième numéro que je m’étais procuré. 7 € quasiment pour un truc où rien ne va. Je repense aux arbres sacrifiés pour faire la pâte à papier qui a servi à imprimer ce tas d’erreurs : photos mises n’importe comment, tests s’enchaînant les un à la suite des autres sans mise en page et faisait parfois la taille d’un kleenex même pour de gros jeux, fautes d’orthographe, de langage et sujets survolés quand ils n’étaient pas merdiques (Kingdom Hearts… z’êtes pas sérieux), absence de maquette et de relecture, quand le magazine n’insultait pas les gens au RSA ou n’adoptait pas un ton ouvertement racoleur. Pire que ça, la revue avait une mauvaise mentalité, en accusant ses concurrents d’être corrompus et d’avoir des jeux ou des consoles en échange de bonnes notes sur les jeux. L’outrance et le non-respect à son comble…

On s’attendait à voir un nouveau numéro pour les vacances, dans lequel les tests de Persona 5 et Nier Automata auraient été sur 10 voire 5 lignes et de la taille d’un mouchoir, d’avoir des astuces ensuite dans lesquelles on pourrait « les finir tout en les terminant » en nous disant de tuer les ennemis pour avoir de l’XP… Et un dossier sur Final Fantasy au vu de la sortie  du XII en version remaster… Mais non. juillet passa, puis août. Et nous sommes en septembre. Que s’est il passé ?

Pour commencer mon enquête, je me rends chez mon libraire à côté de chez moi :

« Non, nous n’avons pas reçu de troisième numéro. Désolé », me dit le sympathique commerçant.

Pas découragé, je pousse plus loin dans le rayon presse d’un magasin vendeur de biens culturels  à quelques kilomètres:

« Nous ignorions que nous avions cela en rayon, vous savez, on reçoit tellement de magazines, qu’on ne peut pas tous les retenir, mais non, nous n’avons pas le troisième numéro», me dit la vendeuse, tout aussi gentille que mon libraire. 

Je me rends dans un espace presse à quelques kilomètres… Il n’y a rien non plus dans les rayonnages. Ce que la vendeuse me confirme. Rien non plus à la librairie de la gare d’Orléans ni dans celle de la Rue de la République…

Que s’est il passé ? N’écoutant que mon courage, je décide de me rendre en Bretagne, au siège des éditions Balisier. Mais l’adresse indiquée en banlieue de Rennes par le GPS s’avère être une école primaire. Des enfants jouent, c’est l’heure de la récréation. Un instituteur passe dans la cour : il s’agit de Stéphane Moreau, l’ancien rédacteur en chef du torch…magazine. Il me dit de le retrouver au restaurant « La petite Breizh » en centre ville à midi pour une confession exclusive autour d’une galette-saucisse. Ça me rappelle qu’un jour, j’aimerais bien aller au Stunfest s’il existe encore…

Une fois là bas, M. Moreau m’avoue tout :

« Oui, c’était un projet scolaire piloté par le directeur de l’école, M. Arfi. Nous, les maîtres, nous écrivions les tests, tandis que les gamins faisaient les news, comme ça nous les avons initiés à la recherche sur Internet. Ceux qui étaient doués en rédaction, notamment les CM2, se chargeaient des dossiers de fond. Mais nous n’avions pas le temps de leur apprendre à vérifier leurs sources, en revanche. Pour les images, nous avons fait appel à Google, personne n’y verrait rien. Mais nos élèves ont pris tout ce qu’ils pouvaient et le directeur a dit que certains seraient très vexés si leurs images n’étaient pas publiées. Alors on a décidé de tout mettre, même si elles se superposaient car il fallait aussi de la place pour les textes. Ce sont les CM1 qui se sont chargés de la mise en page. »

Il poursuit :

« Au niveau du style rédactionnel, le directeur voulait un magazine qui s’adresse aux enfants. Il a donc laissé les fautes d’orthographe et factuelles, les fautes d’accords, le verlan, le langage familier pour que ceux qui l’achètent se retrouvent dans un environnement familier. Qui n’a pas son argent de poche à 6 ans de nos jours ? »

Puis M.Moreau se repent :

«  Oui, c’est vrai, j’ai mis dans l’édito du deuxième que j’avais eu des retours positifs sur le premier numéro. Je sais que ce n’était pas le cas, mais il fallait rassurer les gosses et le directeur. Je tiens à m’excuser auprès d’Acksell pour l’avoir affiché publiquement. Nous avons à ce propos reçu un courrier du président du syndicat de défense des employés administratifs, nous disant qu’il ne souhaitait pas que sa branche soit associée à notre magazine. Pour le troisième, s’il était paru, je pense que nous aurions affiché DATA, car il nous a fait mal. Mais il était en concurrence avec d’autres, il faut l’avouer, et notre cible est désignée à main levée par les CE1. »

Interrogé sur l’absence du troisième numéro, il conclut, en avançant le manque de moyens et le nouveau projet du directeur :

«  Deux numéros de 100 pages, ça fait 200 feuilles en moins pour les photocopies que nous avons dû fournir à notre imprimeur du fin fond de la Creuse alors que le budget de l’école était déjà très serré. Et pendant les vacances, celle-ci était fermée, nous n’avons pas pu faire de numéro 3 et un tel projet n’est pas dans les plans du directeur qui s’est mis à la moto. Pour cette nouvelle année, il va donc faire « Moto Pratique ».Vous saurez que pour conduire un tel engin, il faut avant tout tenir le guidon comme sur un vélo.»

Nous avons vraiment hâte de voir ce nouveau magazine. Je suis sur que le Joe Bar Team fait office de référence…

Comme vous pouvez le voir, le magazine était bien un projet scolaire, mais un projet qui a eu le mérite d’être édité.

J’ai poursuivi mon enquête auprès des rédactions concurrentes, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les avis divergent sur la question. Certains, comme JV Le Mag, ignoraient jusqu’à l’existence du magazine :

« Nous sommes tellement la tête sous l’eau que nous n’avons pas le temps de voir si un nouveau magazine émerge, même si nous connaissons nos principaux concurrents, et tous méritent le respect », me confie Kévin Bitterlin.

Chez Jeux Vidéo Magazine, la pilule est plus amère et la rédaction voit la disparition de Jeux Vidéo Pratique comme un soulagement.

« Oui, nous leur en voulons beaucoup, me dit Vincent Oms. Ils ont adopté le même code couleur que nous sur la couverture, permettant ainsi la confusion à une personne peu regardante, qui aura acheté un ersatz de piètre qualité… et ça fait des ventes en moins pour nous. Donc, vous comprenez que cela nous sera bénéfique.  »

Chez Vidéo Gamer, on préfère en rire :

« Vous confirmez ce que nous en pensions dans la rédaction, dit un journaliste, ça ne pouvait être que ça. Et vous avez vu leur couverture, sérieusement ? Même les nôtres sont moins chargées ! Au moins nous n’utilisons pas 5 polices d’écritures différentes .Nous n’aimions pas non plus le fait que la revue nous traite avec le reste de nos concurrents comme des corrompus. Bon, je vous laisse, je dois aller au siège européen d’Activision pour tester le multi du prochain Call Of. »

Enfin, chez Canard PC :

« Lorsque nous nous sommes lancés, on nous avait dit que nous serions morts dans 6 mois. Nous sommes là depuis 12 ans, mais nous aurions publié plus de numéros que JVP dans cette période. Mais je dois avouer que j’ai envoyé quelqu’un acheter ce magazine… quand on avait un coup de mou, on le feuilletait, on se marrait tellement c’était aberrant. C’était un distributeur de bon humeur par sa médicorité, on en a parfois besoin, mais ça n’aurait pas du être un magazine de jeux vidéo… Juste une bonne blague. »

 

On le voit l’impact de cette disparition sur les magazines concurrents sera quasiment nul. Mieux encore, ils semblent accueillir cela avec soulagement. Les arbres aussi, d’ailleurs…

* tout est dans le « presque » bien évidemment…

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Publié le 15/09/2017, dans Divers. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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