Pourquoi Shadow Hearts est une série importante du RPG

Si je vous demande comme ça de me citer une série de RPG, vous répondrez sans doute, dans votre immense majorité, des noms comme Final Fantasy, Dragon Quest, ou encore, pourquoi pas Tales of. Pourtant, je vais vous parler d’une autre série que j’ai trouvée vraiment marquante : Shadow Hearts. Je vais faire comme pour Final Fantasy VI, vous donner quelques raisons qui font que cette série aurait mérité plus d’attention de la part des joueurs.

Au départ fut le brouillon : Koudelka

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Koudelka est sorti en 2000 sur PS One, console alors en fin de vie et en passe de laisser la place à la PS2. Le jeu fut créé par des anciens de chez SNK, qui fondèrent alors Sacnoth, avec à sa tête, Hiroki Kikuta. Oui, c’est bien le musicien qui a rendu les musiques de Secret of Mana et Seiken Densetsu 3, entre autres, inoubliables.

Le titre raconte l’histoire d’une gitane, Koudelka Lasant, qui s’introduit en 1898 au Monastère de Nemeton, appelée par une mystérieuse voix. La jeune femme fera la connaissance d’Edward Plunkett, un aventurier et James O’ Flaherty, un envoyé du Vatican. Le trio explorera le lieu et découvrira ses très sombres secrets.

Le jeu final est à moitié réussi ou raté,c’est selon, à cause de divergences au sein de l’équipe de développement. En effet, Kikuta voulait un jeu avec un système de combat d’action en temps réel, comme Resident Evil dont il voulait un concurrent, alors que la plupart de l’équipe voulait elle, un RPG capable de rivaliser avec ceux de Square et Enix, qui n’avaient pas encore fusionné. Le compromis trouvé est bancal sur pas mal de points. Au niveau technique, on appréciera la grande qualité des cinématiques et des décors du monastère, mais cela se gâte lorsque le jeu bascule lors de combats : décor de fond noir, système qui a des idées mal exploitées comme le fait de se déplacer, et un rythme très lent.

Pourtant, le jeu se rattrape sur un point : son histoire, vraiment bien écrite, et le personnage qui donne son nom au jeu. De plus, il tenait sur 4 CD, rien que ça.

A la suite de cela, Kikuta quittera Sacnoth, l’équipe a désormais les mains libres pour faire le jeu qu’ils souhaitent. Ainsi naquit en 2002 Shadow Hearts premier du nom, avec un système de combat révisé, j’y reviendrai.

Pourquoi parler alors d’un jeu qui ne porte pas le titre de la série? Parce que ce sera important pour la suite, et Koudelka peut être considéré sur de nombreux points comme le prologue à SH. Donc, cela n’a pas été si vain de le faire. De plus la jeune femme reviendra dans le premier jeu de la franchise.Le joueur connaîtra de plus ce qui s’est passé pour elle entre ces deux jeux, et sans rien vous spoiler, ce n’est pas forcément joli…

Passons donc aux véritables raisons qui font que Shadow Hearts est une série inoubliable.

Un espace géographique connu

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La saga ne se déroule pas dans un univers fictif inventé de toutes pièces. Bien au contraire, elle se passe entre Europe et Asie pour les deux premiers, et sur le continent Américain pour le troisième. Mais à chaque fois, le eu nous place dans une situation de crise. Le premier SH a lieu pendant les événements de l’invasion japonaise en Mandchourie, et l’Europe quant à elle s’apprête à basculer dans la Première Guerre Mondiale. C’est même en plein conflit que commence Covenant, et le début est vu du côté allemand. D’après vous, d’où vient le charmant lieutenant Karin Koenig ?

From The New World se passe un peu plus tard, en Amérique, lors de la grande crise de 1929 et de la Prohibition. Quoiqu’il en soit, la série présente un monde désespéré et très noir, peut-être plus que l’actuel.De ce cadre géographique et historique, les deux étant liés, découle la raison suivante. Il faut toutefois préciser une chose, si le cadre est connu, et les villes existent vraiment pour leur grande majorité, la plupart des donjons à explorer dans les jeux ne sont en revanche que pure fiction.

Une saga qui reflète notre rapport à l’histoire

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Shadow Hearts est une saga qui se déroule dans la première moitié du XXe siècle. La série se base sur une uchronie, c’est à dire que chaque épisode part d’un événement historique réel pour arriver à une histoire fictive. En effet, le monde est rempli de démons, de magies et autres choses surnaturelles. Cependant, il est fait mention de plusieurs événements ayant réellement existé. Oui, nous savons tous qu’il y a eu deux guerres mondiales. Cependant, certains épisodes nationaux et internationaux sont sans doute moins connus. En réalité SH est une série remplie de références historiques. On y croise des personnages ayant réellement existé tels que Mata Hari dans le premier, Raspoutine dans le deuxième (ainsi que la famille royale russe de l’époque) et Anastasia Romanov fera partie de l’équipe du joueur, ou encore Al Capone dans From the New World. C’est tout ça, Shadow Hearts. Tenez, prenez donc Roger Bacon, le très vieil homme qui fait le lien dans tous les jeux : saviez-vous qu’en réalité, il était un scientifique anglais ayant vécu une très longue partie du XIIIe siècle et qu’il était persécuté par l’Église ? En effet, les curés, ça n’aimait pas trop la science, qui était contraire à la parole de Dieu. D’ailleurs, il y a toujours une méfiance de leur part… Mais je reviendrai sur la religion plus loin.

Concernant l’histoire, celle qui raconte l’épopée humaine, nous ne saurons jamais ce qui a provoqué une dystopie dans l’univers du jeu.  Mon interprétation de cet aspect de la série, me fait dire que les hommes sont capables du pire, et cela est largement démontré dans les jeux. Et en plus de ça, la série traite de sujets encore terriblement actuels. Mais pour créer une uchronie, cela suppose de bien connaître l’histoire des hommes à la base. Ce que les programmeurs, surtout les scénaristes, ont prouvé avec brio.

Une critique de la religion

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La religion et la critique celle-ci se voit dès Koudelka. Mais Shadow Hearts va encore plus loin. Il est souvent question d’exorcisme, de sectes, d’envoyés du Vatican ( bonjour Nicolaï!) et que le lieu renfermerait des objets aux pouvoirs surnaturels, de vénération d’idoles. Sous formes de masques, de démons, ou de totems. On explore souvent des lieux en rapport avec la foi. Par exemple, le lieu principal de Koudelka est bien un monastère. Covenant démarre dans une église. La fin de FTNW a lieu dans un temple maya. Sauf que quelque chose semble avoir perverti l’ensemble. En effet, les dieux sont remplacés par des démons issus de diverses mythologies .C’est d’ailleurs grâce aux dits démons que vous obtiendrez les magies en plaçant les symboles sur la Table de Salomon dans Covenant. Et Yuri n’invoque pas des créatures vénérées, mais bel et bien des monstres.

Ensuite, la saga possède elle aussi son livre sacré : le Manuscrit de l’Emigré. Ce livre, convoité par beaucoup de monde, contiendrait des formules dangereuses pour qui ne saurait pas les utiliser à bon escient… notamment celle de faire revenir les morts à la vie. Pourtant, il est l’objet central des jeux, mais pour ce qui est des raisons, je vous invite bien entendu à y rejouer.

Des héros de RPG, ça ? Tu parles !

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Il fallait oser faire une série plus sombre, plus mature que ce que nous avions l’habitude de voir dans le monde du RPG. Il faut bien le dire au départ, les héros des différents jeux ne sont pas sympathiques. Koudelka est une prostituée, Yuri très antipathique au premier abord et Johnny un gamin insupportable. Donc, ce beau monde serait plutôt des « anti-héros », ne présentant pas les caractéristiques du brave type entre 15 et 22 ans qui rencontre une jeune femme à peine cinq minutes après le début du jeu et qui serait prêt à sauver le monde pour elle, quand bien même elle porterait autour de son cou l’objet pouvant le sauver ou le détruire. Certes, j’ai joué sur les clichés, mais c’était pour démontrer le contraste entre un trop grand nombre d’entre eux et ceux de Shadow Hearts. Seulement, à y regarder de plus près, une fois que nous apprenons à les connaître, ils savent se rendre attachants par certains aspects. Il leur arrivera même d’être sensibles, mais je vous laisse découvrir pourquoi. Bref, ils ont défauts, des qualités ont vécu des choses parfois horribles et c’est peut-être cela qui les rend sans doute plus humains. Il en est de même pour le reste du casting. S’ il est parfois assez loufoque, notamment dans FTNW qui a poussé le délire très loin (cf illustration), les personnages ne correspondent pas non plus aux standards du RPG japonais. Prenez par exemple, Gepetto, de Covenant : Il est très rare d’avoir un personnage jouable aussi âgé dans un jeu du genre. Mettre Roger Bacon jouable, c’était sans doute aller un peu loin…

Une série qui prend à contre-pied la plupart RPG japonais

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Outre le fait que la saga soit particulièrement sombre, même From The New World si on y regarde de plus près, Shadow Hearts prend à revers les thèmes trop rebattus du RPG Japonais. Elle décrit des mondes désespérés et ayant sombré à cause de la folie des hommes. De plus, sachez qu’ici, la mauvaise fin est la fin canonique sur laquelle se base la suite. En effet, les jeux, y compris Koudelka, peuvent se terminer de deux façons différentes, avec une « good » ending et une «  bad » ending . Même si on ne saura jamais si FTNW suivait aussi ce principe, le studio Nautilus ( ex-Sacnoth) ayant été fermé depuis longtemps, signant ainsi l’arrêt de mort de la série-à moins d’un éventuel repreneur mais j’en doute- c’est la mauvaise fin qui fait office de canon de la saga. Ce que cherche à faire Yuri dans Covenant est révélateur, bien que le jeu vous spoile déjà pas mal sur l’épisode précédent et révèle la version « officielle » voulue par les développeurs.

En réalité, la série critique ouvertement la société humaine, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Je ne vais pas faire un descriptif complet de ce qui fait de cette série un parfait miroir un siècle plus tard, il suffit de suivre l’actualité . Toujours est-il que c’est rare de voir ça dans un RPG.

Un système de combat novateur

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Si Koudelka n’était pas dénué de bonnes intentions, son système de combat n’apportait finalement pas grand chose de neuf et les batailles duraient trop longtemps. Heureusement, les développeurs corrigeront le tir avec les jeux suivants. Parce que Shadow Hearts propose quelque chose d’unique : la Roue du Jugement, ou « Judgement Ring » en anglais. Autrement dit,, elle s’affichera à droite de l’écran à chaque action que vous entreprendrez en combat. Une aiguille commencera à en faire le tour et vous devrez valider les différentes zones présentes. Si vous validez dans la mince zone rouge, c’est encore mieux, car vous infligerez des dégâts critiques. Ratez en une en validant trop tôt ou trop tard, et vous ne ferez qu’une partie des actions. Covenant améliorera cela avec une plus grande variété de coups et de magies, et FTNW ajoutera d’autres nouveautés pas forcément bienvenues à mon sens. Toujours est-il que le système évite au jouer d’être passif et de jouer de façon trop mécanique. Je me souviens encore que pour faire les magies combos, très puissantes, vous deviez avoir des réflexes très aiguisés pour ne pas manquer une zone à valider.

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Mais les programmeurs ne se sont pas arrêtés là : ils ont en effet ajouté une petite subtilité, car ils sont persuadés que les combats trop longs affectent l’esprit et le corps. Du coup, en plus des points de vie et de magie, vous devrez surveiller plus que tout vos SP pour « Sanity Points » ou points de santé mentale. Laissez-les arriver à zéro et le personnage deviendra « berserk », pouvant faire absolument n’importe quoi, et vous en perdez bien entendu le contrôle. L’effet est réversible avec un objet de «  pure ». Il ne faut pas laisser un de vos membres dans cet état, car il ne recevra aucun XP à la fin du combat. Chaque action en coûte un certain nombre, et bien entendu les personnages n’en ont pas la même quantité, sinon ça ne serait pas drôle… Et s’ils sont plutôt simples à gérer lors des combats sur des mobs de base, cela se complique avec les boss si vous n’avez pas de stratégie claire… Et effectivement, les combats longs sont éprouvants contre des sacs à PV. Parfois, on pense intérieurement « Mais tu vas crever, oui ? » face à un adversaire qui prend trois plombes à mourir. Il n’y arien de plus énervant.  La saga trouve un moyen original de répondre à ça, faisant appel à l’intelligence du joueur pour gérer une contrainte supplémentaire.

 

 

Voilà, ce ne sont que quelques raisons parmi d’autres, celle d’un blogueur comme on en trouve tant sur la toile, qui font que, de mon point de vue, Shadow Hearts est une saga importante du RPG. Mais peut-être que ce ne sont que mes élucubrations issues de mon imagination débordante, allez savoir… Toujours est-il que j’y rejoue toujours autant avec plaisir et vous pouvez retrouver sur ce blog la critique des 3 jeux centraux. Et vous, qu’est ce qui a fait que vous avez adoré les jeux de la licence ? N’hésitez pas à me le faire savoir !

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Publié le 05/11/2016, dans Divers. Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Gaararyuha

    Bon tu m’énerves grave avec cet article parce qu’il est tellement bien écrit que tu as ravivé mon envie de découvrir cette série ! Elle me fait de l’oeil depuis des années mais je n’ai jamais eut l’occasion de pouvoir y jouer. Et je ne suis pas content parce que j’ai déjà tellement de jeux à faire que je suis foutu. xD

    Excellent article en tout cas et objectif accompli pour toi car je suis sûr que ceux qui vont le lire vont penser comme moi. Bravo à toi l’ami !

    • Merci. Et n’oublie pas si tu en trouves un en boutique tu sautes dessus, leur cote n’est pas très élevée en plus.:)

      • Gaararyuha

        J’y songerai ! Je vais voir ça prochainement. Quel épisode tu conseilles vraiment ? Est-ce qu’il vaut mieux zapper Koudelka ou non ? (après je peux aussi les tenter en émulation !)

      • Koudelka est zappable mais permet de comprendre certaines choses dans le premier SH. Je te conseille de commencer par celui-ci à condition de ne pas le mettre en français tellement la trad est juste immonde, c’est à dire pire que FF VII et Suikoden II, à tel point qu’on ne comprend rien, puis d’enchainer avec Covenant pour le cycle Yuri. Parce que sinon Covenant te spoile sur les événements finaux du premier jeu. C’est cependant le plus long et laventure tient sur deux DVD bien remplis. From the New World est à part mais est à faire aussi, ils e passe sur le continent américain.

      • Gaararyuha

        Cool, je te remercie alors l’ami, je me note ça et j’essaye de me faire ça dès que je peux ! 🙂

  2. tu as fait une très bonne approche de la série qui devrait donner envie à certains de la découvrir ou d’y rejouer 🙂

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