[Critique jeu] Drakengard 3

Le premier Drakengard est apparu sur PlayStation 2 en 2004 sous le nom de Drag-On-Dragoon au Japon et avait surpris aussi bien la critique que les joueurs.En dépit d’une technique qui aurait pu être largement meilleure, le jeu offrait un très bon mélange entre beat’em all à la Dynasty Warriors, et chevauchées à dos de dragon. Le jeu avait un univers sombre, et faire un pacte avec un dragon avait un prix. Il abordait aussi des sujets crus, voire glauques, suscitant une sensation de malaise. Mais son histoire bien écrite a permis de révéler le studio Cavia, qui prouvait qu’il se rattrapait sur les idées. Drakengard 2 sortit l’année suivante au Japon et début 2006 dans le reste du monde. Il reste fidèle dans ses principes au premier jeu quoi que moins noir dans son univers.

Drakengard cover

Cavia reviendra en 2010 sur PlayStation 3 et Xbox 360 avec Nier, un jeu de rôle foisonnant de bonnes idées et mésestimé à sa sortie, et s’il était techniquement raté, il se rattrapait néanmoins par sa direction artistique, ses musiques et certaines phases de jeu qu’on attendait pas à voir dans un tel titre. Il a même un lien avec une des fins du premier Drakengard. Malheureusement, le jeu fera de mauvaises ventes, et Cavia disparaîtra après la sortie de Nier. La perspective de voir une suite à ce jeu ou un troisième Drakengard relevait de l’utopie pure et simple. Jusqu’à ce que des anciens du studio rejoignent Access Games, qui a développé l’excellent Deadly Premonition, qui lui non plus ne brillait pas par sa technique. Le défi était de taille : faire aussi bien que les jeux précédents, était-ce possible ? Jusqu’où les idées permettent-elles de tenir un jeu ? Voilà la problématique qui va tenir cette critique.

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Zero est arrivée, et elle n’est pas contente

Le jeu se passe près de 100 ans  avant  le premier Drakengard et est sensé faire le lien avec lui. Dans un monde où la paix fut assurée par  les chants de cinq déesses, les « invoqueuses » sont vénérées par les hommes. L’une d’entre elles, Zero, décide de se rebeller et de tuer ses sœurs, qui ont pour noms Five, Four, Three, Two, One, Ignition. Euh non cette dernière n’existe pas.  Lors du prologue, elle les rencontre mais l’affrontement finit par tourner à son désavantage. Ses ennemies invoquent Gabriel, qui la blesse sérieusement, et tue Michael, son dragon, qui voulait la protéger. Zero parvient à fuir. Un an a passé et plus que jamais, elle se dit prête à se venger. Mais maintenant, étant donné que son cher Michael est mort, elle doit faire avec Mikhail, un dragon d’un an au comportement infantile. Tous les deux vont parcourir le monde et tenter de mettre fin au règne des cinq déesses. Pourquoi Zero agit-elle ainsi ? 

 

Beat’em all ou presque…

Le jeu n’est pas un RPG. Ceux qui s’attendaient à en voir un vont être déçus. De mon côté, je m’y attendais, les Drakengard n’ayant jamais complètement appartenu à ce genre. Il ne fallait pas non plus s’attendre à une suite de Nier. Le jeu est divisé en Chapitres, cinq au total, eux-mêmes divisés en « versets ». La structure du jeu est linéaire. Vous ferez les niveaux à pied, soit à dos de dragon, mais les phases sont imposées par le jeu. Le problème, c’est qu’au lieu d’être en structures ouvertes le jeu se résume à des couloirs en affrontant les ennemis qui arrivent ponctuées par quelques arènes. Lorsqu’on arrive dans ces arènes, on doit affronter soit plusieurs vagues de soldats, soit un gros ennemi qui fait office de boss ou de boss de mi-parcours. Des caisses et autres contenants comme des coffres sont posées un peu partout, certains étant assez durs à trouver, renfermant des objets qui seront comptabilisés en fin de niveau ou des sphères de santé. Lors des combats difficiles dans le arènes, vous pourrez appeler Mikhail en renfort. Zero peut emporter plusieurs armes de quatre sortes différentes avec elle et vous pouvez switcher entre elles en plein combat sous réserve des la avoir assignées à une touche avant de commencer le niveau.

Plus Zero tue d’ennemis, plus elle remplit une jauge en haut à gauche de l’écran. Cela lui permet de déclencher le « mode invoqueuse » et elle se transforme en une furie invincible pour quelques secondes, la durée varie selon le degré de remplissage. Et il faut admettre que Dragenkard 3 s’avère bien défoulant sur ce point, et un certain sentiment de puissance se dégage parfois. C’est souple et la variété des combos permet de faire pas mal de choses. Vous pouvez même emporter des potions de soin en cas de besoin.

Les phases beat'em all à pied défoulent bien.

Les phases beat’em all à pied défoulent bien.

A la fin d’une mission, vos résultats sont comptabilisés .Vous avez le nombre de soldats tués, et les dégâts que vous avez donnés pour votre expérience, et les dommages que vous avez subis sont déduits. Après avoir atteint une certaine somme, Zero change de niveau. Ça, c’était une bonne idée. Malheureusement, elle est mal exploitée. Pourquoi ne pas faire augmenter notre héroïne en temps réel  lors de son avancée dans les niveaux ? On se croirait revenus au début de la PlayStation 2 à ce niveau ! Et je dis ça parce qu’il arrive que le jeu décide de nous embêter avec des pics soudains de difficulté. Il suffit de tomber sur un ennemi surexcité et vous en prenez pour au moins la moitié de votre barre de vie. Il peut même arriver que ce dernier vous enchaîne au sol, sans avoir eu la possibilité de vous relever ! Et surtout, si les niveaux du début s’avèrent simples la difficulté et la grandeur de ceux-ci augmente vite… Et il n’y a qu’un seul checkpoint de présent. Tant pis si vous avez enchaîné quatre couloirs/arènes/phases de plates-formes pour arriver au monstre de fin qui barre la route avant de progresser au verset suivant et qu’il y a eu des cinématiques ! Vous recommencez de là, point barre. On doit s’estimer heureux de ne pas avoir à le faire du début… Punaise les mecs… ce n’est pas un Dark Souls, tout de même!

Ceci dit, la possibilité d’améliorer les armes entre les niveaux permet également d’atténuer la difficulté, encore faut-il que vous ayez trouvé un « matériau » et avoir de l’argent pour le faire. A chaque fin de chapitre, vous recrutez le disciple d’une de vos sœurs, que vous aurez préalablement  tuées, massacrées, étripées, etc.  et vous pourrez les engager pour qu’ils se battent à vos côtés. Malheureusement, vous ne pourrez en avoir que deux avec vous. De plus, s’ils sont immortels, on regrettera leur comportement erratique et ne frappant qu’une fois sur dix et l’impossibilité de leur donner des ordres. Une fois encore, l’idée, bonne sur le papier, est mal exploitée. Pour pousser la chose plus loin, pourquoi ne pas impliquer un second joueur ? Mais ce qui est fait est fait.

Les phases en dragon manquent hélas de punch et d’imagination. La visée est approximative et de plus très lente dans des endroits aussi confinés que les niveaux à pied. La commande au stick n’est pas des plus rapides et finissent par se révéler crispantes. On ne retrouve par conséquent aucunement le fun et le confort des deux autres opus.

 

les phases en dragon ne sont pas très intéressantes.

les phases en dragon ne sont pas très intéressantes.

On n’aime pas un Drakengard pour sa technique. Je confirme…

Inutile de s’étonner de l’aspect technique du jeu, on était au courant qu’il ne serait pas le plus beau de la PlayStation 3. Le problème, c’est qu’il pourrait bien aussi concourir pour le plus moche ! Aliasing à la pelle, manque de couleurs criant, brouillard, scintillements, le gros problème, c’est que ce raté technique, même s’il ne fait pas un jeu, ne se rattrape aucunement avec l’artistique. L’univers est bien trop générique pour pouvoir convaincre.Où est donc passée l’imagination d’un Nier, par exemple ? Cependant, les cinématiques sont bien mises en scène, et puisqu’on en est là, je vais vous parler du point proprement scandaleux du jeu. CES. PUTAINS. DE. CAMERAS. Là dessus, le jeu est indéfendable. Même si j’eusse aimé, au vu du passé de la série. Le manque de budget se ressent, mais pas mal de productions n’ont pas des millions à investir. Mais au moins, il proposent une action lisible ! Ici, bon courage pour vous y retrouver lorsque plusieurs ennemis sont à l’écran ! Vous pouvez être occupé à en dépecer un alors que d’autres vous en mettent plein la tronche hors-champ ou qu’un canon vous tire dessus à distance. Ça part dans tous les sens à la moindre action, on joue parfois en aveugle, et bon courage pour apprécier les distances lors de certaines phases de plate-formes !

Reste que les musiques faites par le compositeur de Nier sont une fois de plus, très inspirées, au moins l’ambiance est-elle assurée. Les voix par défaut son en anglais, mais un patch pour avoir les voix originales japonaises est disponible. Mais ne fonctionne toujours pas au moment où j’écris ces lignes.

Tout n’est pas noir dans ce jeu. Non, il y a des choses qui peuvent rendre l’expérience assez plaisante. L’histoire est pas si mal. C’est un mélange entre humour assez trash, avec notre héroïne qui jure comme un charretier ( Kaïné, mon amour!), réflexions graveleuses, du gore exacerbé et une auto-censure bien trouvée. Là dessus le jeu sait surprendre.

La durée de vie est assez longue (une douzaine d’heures) pour ce beat’em all, ce qui est loin d’être courant de nos jours, même si ces prédécesseurs étaient plus longs. Le jeu comporte de plus quatre fins (« branches »). Si vous vous ennuyez, vous pourrez toujours faire des missions secondaires… Dommage qu’elles manquent d’intérêt. Ben oui, éliminer des ennemis  dans des arènes fermées et en temps limité, comment dire, ça ne s’était jamais vu avant, non… 

 

Les quêtes annexes données par Accord sont guère passionnantes.

Les quêtes annexes données par Accord sont guère passionnantes.

Un sentiment de gâchis m’envahit quand je parle de ce jeu. Bon, il aurait pu l’être. Mais ces handicaps sont tels qu’il aura du mal à briller. Parce que « les vrais savent », « la technique ne fait pas un jeu », ça va un moment, mais ça ne tient pas ici. On sent que Square Enix n’en avait rien à faire, et a accepté un jeu même pas fini de la part d’Access Games. Le gameplay est même gâché par des fausses bonnes idées.  Le plaisir aussi. Ça et le fait que Square Enix a fait le choix du dématérialisé uniquement pour l’Europe ont achevé de me décevoir. Comptez 14 Gigas d’espace disque. Et 50 €.

 

Verdict :

Drakengard 3 fait partie de ces jeux que j’aurais aimé défendre. Malheureusement, il démontre que les idées à elles seules ne peuvent faire un bon jeu. Son aspect défoulant est plombé par de gros défauts de lisibilité et de fausses bonnes idées de gameplay. Je sais que revoir un Drakengard relevait clairement du miracle, et il a eu lieu. Mais il laissera un goût bien amer à ceux qui s’y seront essayés. Ses points positifs sont contrebalancés lourdement par des points noirs qui sont rédhibitoires, notamment en 2014. Proposer en plus cela au prix fort et uniquement sur le PSN en Europe, ça fait mal.

 

Points positifs

Défoulant

Bien gore

Bonnes musiques

De l’humour

Assez long

Du contenu

 

Points négatifs

Des idées de gameplay gâchées ou inabouties

Level Design insipide et répétitif

Moche sur tous les plans

Caméras folles

Difficulté inégale

Ça manque d’audace

Frustrant

14 putains de Gigas

50 €

 

Drakengard 3

Éditeur: Square Enix

Développeur: Access Games

Genre : beat’em all

Sorti sur : PlayStation 3 exclusivement

1 seul joueur

Prix : 50 €

Taille : 14 Go

Julius

 

 

 

 

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Publié le 03/06/2014, dans T'as pas autre chose à me prêter ?, et tagué , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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