Guns of the Kikoolols épisode #48

Lost in translations

Je fais une petite note pour pousser un coup de gueule contre les défenseurs de la langue française à tout prix dans les jeux vidéo. Et pourtant, j’aime cette langue. Je la trouve belle, riche, j’ai une aversion pour le langage SMS hors contexte et des fautes volontaires, même si personne n’est, bien entendu, à l’abri d’en faire. Je ne suis pas Pénard Verbot (pardon, Bernard Pivot) bien entendu, et n’utilise pas le subjonctif à toutes les sauces. 

Alors évidemment, les jeux vidéo s’étant démocratisés, il parait normal de les avoir en français. Sauf que la réalité n’est pas si simple qu’on pourrait le laisser entendre. Oh, on a fait des efforts considérables depuis certaines calamités en matière de traduction ( Final Fantasy VII, Suikoden II, Shadow Hearts premier du nom), et je ne peux que saluer cela. 
Mais quand j’en vois qui gueulent parce Dragon’s Crown , qui devrait être disponible à l’heure où vous lirez ces lignes, est resté en anglais, j’ai envie de dire que ceux qui se foutent du monde n’est pas l’éditeur du jeu, mais bien ceux qui gueulent dessus. Par le passé Atlus a effectivement traduit Odin Sphere et Shin Megami Tensei : Lucifer’s Call. Mais pour combien de ventes ? Pour quel marché ? Car les deux exemples cités n’ont pas conquis le grand public. Les chiffres de vente ont été plus que modestes, même si les traductions étaient bonnes. Mais cela a un coût. 

Un problème qui n’est pas uniquement économique en Europe 
Qu’on se le dise, traduire un jeu n’est pas gratuit. Notamment lorsqu’il s’agit d’un RPG. Pour faire un exemple concret, prenons un RPG qui a 1 million de mots au total. Sachant que les tarifs de traductions varient de 10 à 13 centimes, cela donne au moins à l’éditeur 100 000 130 000 € à débourser en plus. Sachant qu’en général, un jeu en français propose des textes au moins en espagnol, italien et allemand, il faut multiplier cela par 4. Et payer, bien entendu, les traducteurs qui bossent dessus. Cela vaut -il le coup lorsqu’on s’adresse à un marché de niche ? Je ne suis pas sur que le  » grand public » s’intéresse à un RPG dont le nom n’a rien à voir avec un FF estampillé Square Enix, et qui n’aura dans un magasin que 4 exemplaires en vente et 2 réservations. Autrement dit, si l’éditeur n’arrive pas à rentabiliser un jeu ne serait-ce qu’en anglais, serait-il assez fou pour dépenser encore plus d’argent pour 4 traductions, ce qui alourdirait les pertes ? De plus, quid des difficultés techniques, et des tournures idiomatiques propres à chaque langue ? Parce que, contrairement aux Etats-Unis, ou l’anglais est la langue unique majoritaire ( avec l’espagnol dans certains Etats), l’Europe est une multitude de pays ayant chacun leur propre langue. Le problème n’est donc pas qu’économique, il est aussi géographique. 
D’autant que dans le cas d’Atlus, l’éditeur s’est retrouvé dans la tourmente lors de la venue de Dragon’s Crown, sa maison-mère ayant des difficultés financières. Au final, c’est Sega qui a acquis le développeur. Les chantres d’une traduction à tout prix espéraient -ils vraiment, qu’en trois mois de temps, une traduction correcte, même de 5000 mots, puisse se faire ? Chez Atlus, n’avait on pas autre chose à faire que de se dire que ce serait une bonne idée d’embaucher une équipe de traduction pour l’Europe ? Je crois que oui. Il était utopiste de penser que le jeu allait sortir traduit. 

2013-09-17-181216
Un moindre mal 
Mais qu’auraient-ils préféré au final ? Que le jeu ne sorte pas du tout ? Ils auraient été les premiers à râler contre cette non-exportation! Certes, en 20 ans, le RPG est devenu un genre commun chez nous. Mais lorsqu’on revient en 1993, on se rend compte que lorsqu’un RPG japonais arrivait sur le vieux continent, on pouvait parler de petit miracle. S’il était en français, c’était un plus mais on ne se plaignait pas lorsque c’était en anglais. Ça m’a d’ailleurs permis d’acquérir pas mal de vocabulaire, beaucoup plus que de modestes  » yes » « no » et  » thank you ». Je ne dis pas que ça m’a permis d’avoir des diplômes avec, ne vous méprenez pas. 
Et ce d’autant que l’anglais est devenue une langue internationale. Je me dis qu’au final, même si c’est regrettable certaines fois, je suis bien content d’avoir certains titres. 
J’ajoute aussi que ce n’est pas à l’éditeur de s’adapter au consommateur comme j’entends parfois. Et que s’il n’y a que l’anglais de disponible, la prochaine fois, au lieu de jouer les extrémistes avec des questions rhétoriques du style  » l’avoir en français, c’était trop demander ??? » et de descendre en flèche un titre rien que sur ce critère, posez-vous les bonnes questions. Libre à vous de vous en priver en vous basant que sur ça, même d’un excellent jeu, mais on ne peut pas dire que vous aiderez aux ventes, permettant à l’éditeur de récupérer un peu d ‘argent dessus, pour pourquoi pas la prochaine fois, payer une équipe de traducteurs!!! Si un éditeur ne traduit pas un jeu, ce n’est pas par paresse. C’est qu’il a pris en compte le rapport bénéfice/risque économique par rapport au marché et surtout au public auquel il s’adresse. Merci de réfléchir à tout ça avant de vous mettre à hurler.

Julius

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Publié le 13/10/2013, dans Guns of the Kikoolols. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. littletokyoinc

    Par le passé, certains ont même été jusqu’à apprendre le japonais pour pouvoir jouer à des RPGs! Alors se plaindre car ça sort en anglais…

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