Guns of the Kikoolols, épisode #43

Les arnaqueurs de la distribution

Chez Universal France, dans la division cinéma et distribution de films :

«  John !

-Oui ?

-Dis moi, le planning de distribution pour le 28 août 2013 est acté n’est ce pas ?

-Normalement, ça devrait oui.

-Tu as oublié un film…

-Lequel ?

-Celui d’Edgar.

-Edgar ?

Oui, Edgar. The World’s End, ça te dit quelque chose ?

-Ah, ça ? Mince t’es vraiment sur qu’il faut qu’il sorte ?

-Il faudrait, on serait les seuls à ne pas le faire, ça finira par se voir. Le 28 août c’était le dernier délai. c’est dans le contrat qu’on a signé avec  Edgar! 

-2014 ?

-Non, 2013.

-Et merde…

-Pourquoi ?

-Parce que ça fait des semaines qu’on a le film. Qu’on trouve que «  World’s End », ce ne n’est pas vendeur. Tu te rends compte un titre pareil, ça veut dire «  La fin du monde ! » Elle aurait du se produire le 21 décembre dernier mais au final ça ne s’est pas fait, alors les spectateurs vont s’apercevoir rapidement qu’on les prend pour des imbéciles.

-Tu n’as pas confié ce boulot à Michel de la division « renommage de films » ?

-Si, mais il n’a pas su trouver un titre valable, même en anglais. Il a essayé avec « Very », avec « Bad », avec les deux mots collés ensemble, ça n’a rien donné.

-De quoi parle ce film déjà ?

-Ce sont cinq amis d’enfance qui font la tournée des bars dans leur ville natale, le tout pour arriver jusqu’au douzième et dernier, et il boivent des pintes de bière, mais en même temps, il ‘aperçoivent que la ville est envahie de robots.

-Il y a de l’alcool dedans, donc j’ai une idée : on pourrait appeler ce film «  Very Bad Trip ».

-Déjà pris. On a déjà fait trois films avec ce titre, je te signale. Les producteurs de ces derniers pourraient nous coller un procès.

-Oh mince ! Bon alors tentons de voir ce qui pourrait parler au public français. »

John voit un flyer dépasser d’une poubelle. Il y voit le mot bar. Il le déplie. Il y voit marqué « Dernier bar avant la fin du monde ».

«  C’est quoi ça ?

-Attends… Ce ne serait pas ce bar du côté de Châtelet qui se veut geek avec des consommations hors de prix et qui crowdfunde sa soirée d’anniversaire ?

-Je ne sais pas, j’ai pris ça à la sortie du métro.

-Tu aurais pu te renseigner un peu quand même. Mais je pense que ça ferait un bon titre, tu ne trouves pas ?

-Euh ? Les gérants ne risquent pas de nous coller un procès ?

-Mais non… ça parle au public !

-Je préfère être prudent, d’autant que si j’en crois Marc de la division script et scénarios, le film se passe en Angleterre. Edgar est anglais.

-Si on remplaçait «  bar » par «  pub » alors ? C’est typiquement anglais, ça un «  pub ».

-Bonne idée ! Et en plus, ça donne une idée de convivialité et non plus de pessimisme avec le titre d’origine ! On a combien de temps avant la sortie ?

-Un peu plus de deux semaines. Pour les copies, on ne pourra pas en faire beaucoup. Ça risque de gêner la distribution.

-Mince !

-Pas grave. L’avant-première deux jours avant au ciné de Bercy est déjà actée, et Edgar y sera. Ensuite, l’idéal serait de bien distribuer en région parisienne. De toute façon c’est là que résident la majorité des gens en France.

-Ils risquent de se sentir lésés, en province.

-C’est quoi la province ? La Provence, si c’est ce que tu veux dire, c’est là où je vais passer mes vacances chaque été, et d’ailleurs j’en reviens. Mais ça s’écrit avec un e.

-La province c’est tout ce qui est en dehors de la région parisienne. Je ne sais pas si tu sais, mais il y a aussi des multiplexes modernes avec plein de salles, dans les villes.

-On a pas le temps de doubler le film en divers patois !

-Tout le monde comprend le français, de nos jours.

-Ça facilitera les choses.

-Certes, mais ça va être difficile de contenter tout le monde. On fait quoi ?

-Tu as toujours ta carte de France géante avec les départements dessinés ?

-Oui. Je suis un féru de géographie, tu le sais bien.

-On va faire un concours de fléchettes. Les flèches désigneront les départements qui bénéficieront de copies, et ensuite les distributeurs locaux et programmateurs feront le reste. Laissons faire le hasard ! »

Tout ce petit dialogue pour vous dire que The World’s End est très mal distribué en France. Certains départements bénéficient de copies au détriment d’autres. Dans ma région, il n’y en a que trois. Une à Orléans, près de chez moi, une à Tours, et une à Dreux en Eure et Loir. Ai-je donc à me plaindre du fait qu’il ne soit programmé que sur trois séances et qu’il doive partager l’affiche avec un autre film ? En partie, quand on sait qu’il bénéficie d’une salle dédiée dans certains cinés, et que celui où il passe offre une salle entière au « film » fait sur les One Direction… Parfois j’ai du mal à croire en l’humanité. Enfin ça aurait pu être pire, le film semble bénéficier de plus de copies que Scott Pilgrim, qui a eu 60 copies uniquement fin 2011, du même réalisateur. Une pensée toutefois à ceux qui devront utiliser leur voiture et rouler au moins une heure pour aller le voir…

Quoi qu’il en soit, cette critique de la politique de distribution n’a rien à voir avec ce que renferme le film qui fera l’objet d’une critique sur ce blog.

 Julius

 

 

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Publié le 28/08/2013, dans Guns of the Kikoolols, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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