[Critique livre ] Les chroniques de Player One

Player One fait pour moi partie, avec Consoles+ et Joypad,  des trois grands magazines historiques de la presse généraliste en jeux vidéo. Créé un an avant ses deux confrères , ce magazine a traversé les années 90 de septembre 1990 à janvier 2000 en 104 numéros. Mais résumer cette époque à un seul magazine  ne mènerait à rien.  Car ceux qui l’ont fait,  ce sont avant tout des hommes, voulant généraliser et populariser les jeux sur consoles.  Ce magazine a  également vécu une époque charnière de la pop culture. C’était l’époque où le Club Dorothée, sur TF1 et La Cinq (jusqu’au 12 avril 1992, date de sa « mort ») abreuvaient les gens de dessins animés  venus du Japon. Les enfants pouvaient se faire des journées entières (ou quasiment)de vacances  à regarder les dessins animés ( qu’ils soient japonais ou non)rien qu’en zappant sur les 5 chaines disponibles.  C’était aussi l’époque où  les magazines de jeux vidéo  avaient toute leur place sur les chaines. Je pense notamment à Micro Kids  sur France 3 le dimanche matin ( et qui, pour moi, s’est arrêtée en juin 1995), et Télévisator 2 les mercredis matins sur France 2 entre 1993 et 1994.

C’était aussi  une époque où les polémiques faisaient rage, notamment concernant la violence de certains jeux vidéo et mangas/animes , avec Ken le Survivant qui cristallisa les passions :  réquisitoires sanglants de Télérama et de Ségolène Royal, ça allait mal pour l’animation japonaise, qualifiée injustement de  » japoniaiseries » et les gens qui osaient dire qu’ils aimaient ça étaient mal vus. Pour les jeux vidéo ce fut pire encore, car ils étaient accusés de rendre les gens épileptiques. Depuis, sur les notices européennes de n’importe quel jeu, nous avons droit  à un avertissement sur la santé et l’épilepsie. C’était aussi l’époque des premières classifications de jeux.

Les émissions de jeux n’étaient pas non plus bien vues par les états-majors des différentes chaines, et Télévisator 2, émission devenue culte pour toute une génération,  a disparu en 1994  à cause de la décision inique de la nouvelle  direction de France 2 de l’époque.  Le livre précise bien, avec le témoignage de Patrice Drevet ( qui la produisait) que la psychologue déléguée aux programmes jeunesse, fraîchement arrivée  avec Elkabbach n’aimait pas le mélange  dessins animés/jeux vidéo.  Ce qui, avec le recul a été très con, car c’était la seule émission jeunesse de France 2  capable de venir chatouiller  l’indétrônable ( à l’époque) Club Dorothée.  Et justement qui présentait cette émission  ? Cyril Drevet. Outre qu’il soit le fils de Patrice cité plus haut,  c’était également lui qui officiait dans Player One sous le nom de Crevette. Plusieurs membres de Player One  faisaient vivre cette émission, dont Patrick Giordano, alias  Matt Le Fou, qui faisait les voix et signait avec son groupe le générique , un remix rock du thème de présentation de Street Fighter II.

Il faut bien comprendre qu’à l’époque, écrire dans la presse jeux vidéo ne rapportait pratiquement rien, la plupart des  plumes présentes étant des « pigistes »  payés à la  » pige », c’est à dire  au nombre de pages ou de signes.  Le monde de la presse n’étant pas une mer calme, l’ouvrage témoigne aussi des âpres batailles pour des appels d’offres  pour tenter de décrocher un magazine  » officiel »  des constructeurs… Tout était loin d’être simple. Surtout qu’au moment de sa création, Internet n’était pas encore dans les foyers et les seules sources d’info sur les jeux vidéo étaient les magazines mensuels, dont Player One faisait partie. 

Et lire Les chroniques de Player One, c’est se replonger dans ces années là, mais pas seulement. Il montre aussi comment les différents membres ont pu rebondir après la mort du magazine. Une époque ou Future n’avait pas encore tout racheté.  Player One en est le témoin ou du moins l’un d’entre eux . Les intervenants racontent comment ils l’ont vécu, eux, de l’intérieur, avec  aussi l’intervention des représentants des éditeurs de l’époque, notamment  Luc Bourcier alors chez Sega France . Parce que nous,  en fin de compte,nous n’étions que les acheteurs du produit fini…   C’est enrichissant, notamment de voir comment naît une marque dans le domaine, et comment elle fait pour tenter de se développer.  Mais il y a aussi la seconde épopée, celle du développement  des mangas/anime  et surtout, de la télévision  » alternative », comprenez par là  les quelques  chaines du câble /satellite de l’époque, qui deviendront un refuge salvateur.  Le tout se croise, formant un tissu  dense, et vraiment intéressant. 

Puisqu’on est dans le sujet, j’en profite pour signaler que les éditions Pix’n’Love viennent de sortir un coffret  consacré à l’immensément  respectable et respecté AHL.  Lui aussi a vécu cette période… 

Julius 

Les Chroniques de Player One

Auteurs : Alain Kahn et Olivier Richard

Éditeur : Pika édition

300 pages environ

Prix : 19 €

chroniques de palyer One

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Publié le 30/06/2013, dans Bouillon de Culture, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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